Les Sherpas : le peuple de l’Everest, de ses origines à la haute montagne

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Les Sherpas sont un peuple d’origine tibétaine, venu de la région du Kham entre le XIIe et le XVe siècle, installé surtout dans le Solu-Khumbu, au pied de l’Everest.
  • Recensement 2021 : 0,45 % de la population du Népal, soit 130 637 personnes.
  • Religion : bouddhisme tibétain de l’école Nyingma, mêlé de croyances aux esprits des montagnes.
  • En montagne : Tenzing Norgay au sommet de l’Everest en 1953 ; Kami Rita Sherpa détient le record avec 32 ascensions (17 mai 2026).
  • Pour les rencontrer : trek au Khumbu (Namche Bazaar, Khumjung, Tengboche), permis Sagarmatha et Khumbu à 3 000 NPR chacun au 14 octobre 2026.

Les Sherpas sont l’un des peuples les plus célèbres du monde, au point que leur nom est devenu, à tort, synonyme de « porteur d’altitude ». Il désigne d’abord un peuple, avec sa langue, ses clans, ses monastères et ses fêtes, installé dans les hautes vallées du nord-est du Népal. Si vous partez en trek vers l’Everest, vous dormirez chez eux, dans leurs lodges, et croiserez leurs lamas, leurs yaks et leurs murs de prières. Voici ce qu’il faut savoir sur leur histoire, leur culture et leur rôle en montagne, et comment les rencontrer avec respect. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Qui sont les Sherpas ?

Le mot sherpa signifie « habitant d’un pays de l’Est ». Selon les synthèses universitaires, les ancêtres des Sherpas ont quitté le Kham, dans l’est du Tibet, entre le XIIe et le XVe siècle, en quête de pâturages, et peut-être aussi à cause de différends religieux. Ils ont franchi l’Himalaya pour s’installer dans le Solu-Khumbu, district de la province de Koshi qui englobe l’Everest. La tradition orale distingue quatre clans fondateurs, qui se sont ensuite ramifiés en une vingtaine de clans ; l’appartenance se transmet par le père et l’on se marie hors de son clan.

Au recensement de 2021, les Sherpas représentent 0,45 % de la population népalaise, soit 130 637 personnes. Ils vivent aussi dans les vallées du Rolwaling et de Helambu, à Katmandou, et en Inde, autour de Darjeeling.

Langue, religion et vie quotidienne

La langue sherpa appartient à la famille tibéto-birmane et s’écrit en alphabet tibétain ; la plupart des Sherpas parlent aussi le népali, et les jeunes apprennent l’anglais pour le tourisme. La grande majorité suit le bouddhisme tibétain de l’école Nyingma, la plus ancienne, mêlé de croyances animistes : montagnes, rivières, forêts et grottes abritent des esprits. Les sommets sont sacrés, et chaque expédition commence par une puja, cérémonie de bénédiction au camp de base.

L’économie traditionnelle reposait sur l’élevage du yak, le commerce du sel, de la laine et du riz entre Tibet et vallées, et la culture de la pomme de terre, de l’orge et du sarrasin. Le tourisme est devenu un pilier de l’économie après la création du parc national de Sagarmatha en 1976. Dans les maisons, le foyer est sacré : on n’y jette jamais de déchets.

Les Sherpas et l’Everest

Le 29 mai 1953, Tenzing Norgay, Sherpa, atteint le sommet de l’Everest avec Edmund Hillary : c’est la première ascension. Depuis, les Sherpas sont devenus indispensables aux expéditions, qu’ils guident, équipent en cordes fixes et ravitaillent. Quelques repères :

DateÉvénement
1953Tenzing Norgay et Edmund Hillary au sommet de l’Everest
1961Ouverture de l’école de Khumjung, voulue par Hillary à la demande des Sherpas
1976Création du parc national de Sagarmatha
18 avril 2014Avalanche dans la cascade de glace du Khumbu : 16 guides népalais tués, en majorité sherpas
17 mai 2026Kami Rita Sherpa atteint le sommet pour la 32e fois, record mondial ; Lhakpa Sherpa signe sa 11e ascension, record féminin

L’avalanche de 2014 a mis en lumière les risques assumés par les travailleurs d’altitude : de nombreux Sherpas ont alors refusé de travailler le reste de la saison, en hommage aux victimes et pour protester contre leur rémunération et leurs conditions de travail, et beaucoup d’expéditions ont été annulées. L’Everest culmine à 8 849 m selon la mesure sino-népalaise de 2020 ; tous les chiffres sont sur notre page Everest, faits et chiffres, et l’histoire de 1953 sur notre page Edmund Hillary.

« Sherpa » : un peuple, pas un métier

En français comme en anglais, on dit souvent « un sherpa » pour désigner un porteur ou un guide de haute montagne. C’est un raccourci : tous les Sherpas ne travaillent pas en montagne, et beaucoup de porteurs et de guides appartiennent à d’autres peuples (Rai, Tamang, Magar, Gurung…). Sur un trek, parlez plutôt de « guide » ou de « porteur », et réservez « Sherpa » au peuple. Notre page porteurs de trek explique les règles de charge et de rémunération.

Les Sherpas aujourd’hui : écoles, santé et tourisme

Le visage du Khumbu a profondément changé en soixante ans, et une partie de cette histoire est visible le long du sentier. En 1961, Hillary construit la première école de Khumjung : elle répondait à la demande d’un ami sherpa d’Edmund Hillary, qui voulait que les enfants du village apprennent à lire. Les demandes se multipliant, Hillary crée en 1963 le Himalayan Trust, enregistré en Nouvelle-Zélande. Avec les communautés locales, il construit 27 écoles, deux hôpitaux, à Khunde et à Phaplu, des dispensaires, des ponts, des adductions d’eau et l’aérodrome de Lukla. L’école de Khumjung fonctionne toujours, modernisée.

Aujourd’hui, beaucoup de familles sherpas vivent du tourisme : elles tiennent les lodges, les boutiques et les agences, ou travaillent comme guides de trek et d’expédition. D’autres ont émigré à Katmandou ou à l’étranger. Pour le voyageur, cela signifie que chaque nuit en lodge, chaque repas commandé sur place et chaque guide engagé localement fait vivre directement les villages que vous traversez.

Préparer son trek au pays sherpa

Le Khumbu se trouve en haute altitude : Namche Bazaar est déjà au-dessus de 3 000 m, et les villages les plus hauts dépassent largement 4 000 m. Le CDC recommande, au-delà de 3 000 m, de ne pas monter son lieu de nuit de plus de 500 m par jour et de prévoir une nuit d’acclimatation supplémentaire pour chaque tranche de 1 000 m gagnés. Prévoyez donc deux nuits à Namche et des étapes courtes, et parlez des traitements préventifs avec un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ. Côté saison, la mousson s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre selon le service météorologique népalais : nuages et pluie perturbent alors les vols de montagne et bouchent la vue. Vérifiez enfin que votre assurance couvre l’altitude et l’évacuation en hélicoptère.

Fêtes et monastères à découvrir

Deux moments forts rythment l’année sherpa :

  • Losar (Gyalpo Lhosar), le Nouvel An tibétain, célébré en février ou en mars selon le calendrier lunaire, avec danses, visites familiales et bière de céréales ; en 2027, il tombe le 9 mars, jour férié national selon la liste officielle des jours fériés de l’année 2083 ; voyez notre page Losar, le Nouvel An tibétain.
  • Mani Rimdu, festival de danses masquées des monastères, dont le plus célèbre se tient à Tengboche en automne : voyez notre page Mani Rimdu à Tengboche.

Le monastère de Tengboche, face à l’Ama Dablam, est le grand centre religieux du Khumbu. Les villages jumeaux de Khumjung et Kunde abritent l’école fondée en 1961 et un hôpital construit avec le Himalayan Trust.

Rencontrer les Sherpas : le trek du Khumbu

La meilleure façon de découvrir la culture sherpa est de marcher dans le Khumbu, en général après un vol vers Lukla. Namche Bazaar, marché et capitale régionale, est l’étape d’acclimatation classique. Au 14 octobre 2026, il faut :

  • le permis du parc national de Sagarmatha : 3 000 NPR ;
  • le permis local de la municipalité rurale de Khumbu Pasang Lhamu : 3 000 NPR ;
  • pas de carte TIMS dans cette zone, et un guide recommandé mais non obligatoire, contrairement aux autres parcs nationaux et aires de conservation.

Les meilleures saisons sont l’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars à mai). Le trek du camp de base de l’Everest (5 364 m) est décrit sur notre page trek du camp de base de l’Everest.

Le bon comportement chez les Sherpas

  • Contournez stupas, murs mani et drapeaux de prières par la gauche, en les gardant à votre droite.
  • Ne jetez rien dans le foyer de la maison ou du lodge.
  • Demandez avant de photographier une personne, un lama ou l’intérieur d’un monastère.
  • Déchaussez-vous à l’entrée des monastères et laissez une petite offrande dans le tronc.
  • Ne grimpez pas sur les chortens et ne vous asseyez pas sur les murs mani pour une photo : ce sont des monuments sacrés.
  • Si vous croisez une caravane de yaks ou de porteurs sur un sentier étroit, rangez-vous côté montagne, jamais côté vide.
  • Consommez local : en mangeant le dal bhat ou les pommes de terre du Khumbu, vous soutenez les familles qui tiennent les lodges.

Pour l’ensemble des usages, voyez notre guide des coutumes du Népal, et tous nos dossiers sur la page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

D’où viennent les Sherpas ?

Leurs ancêtres sont venus du Kham, dans l’est du Tibet, entre le XIIe et le XVe siècle, et se sont installés dans le Solu-Khumbu, au pied de l’Everest. Leur nom signifie « habitant d’un pays de l’Est ».

Combien y a-t-il de Sherpas au Népal ?

Le recensement de 2021 les compte pour 0,45 % de la population népalaise, soit 130 637 personnes, principalement dans le district de Solukhumbu.

Quelle est la religion des Sherpas ?

Ils sont en grande majorité bouddhistes, de l’école tibétaine Nyingma, avec des croyances animistes envers les esprits des montagnes, des rivières et des forêts.

Un sherpa est-il forcément un porteur ?

Non. Sherpa est d’abord le nom d’un peuple ; beaucoup de porteurs et de guides appartiennent à d’autres groupes, comme les Rai ou les Tamang.

Qui détient le record d’ascensions de l’Everest ?

Kami Rita Sherpa, qui a atteint le sommet pour la 32e fois le 17 mai 2026, selon le Département du tourisme du Népal.

Où rencontrer les Sherpas au Népal ?

Dans le Khumbu, sur le trek de l’Everest : Namche Bazaar, Khumjung, Kunde et le monastère de Tengboche. Il faut les permis de Sagarmatha et de Khumbu Pasang Lhamu, 3 000 NPR chacun au 14 octobre 2026.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées