Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Bungamati et Khokana sont l’excursion idéale pour qui veut voir la vie rurale newar à deux pas de Patan : deux villages de briques posés au-dessus de la rivière Bagmati, l’un consacré au bois sculpté, l’autre à l’huile de moutarde, reliés par un chemin à travers les champs. Durement frappés par le séisme de 2015, ils se relèvent lentement, et leur visite permet de voir à la fois un patrimoine vivant et une reconstruction en cours. Voici leur histoire, leur état actuel, ce qu’il faut y voir et comment s’y rendre. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Les deux villages appartiennent aujourd’hui à la métropole de Lalitpur, dans le sud de la vallée de Katmandou. Khokana se trouve à environ 8 km au sud de Katmandou selon Nepal Traveller ; Bungamati, tout proche, est généralement situé à 6 ou 7 km au sud de Patan. Leurs habitants sont majoritairement newars, et la vie y reste rythmée par l’agriculture, l’artisanat et un calendrier de fêtes très dense.
| Bungamati | Khokana | |
|---|---|---|
| Spécialité | Sculpture sur bois | Huile de moutarde pressée à l’ancienne |
| Sanctuaire principal | Temple de Rato Machhindranath | Temple de Rudrayani ; temple de Sikali à l’écart |
| Grande fête | Liée au cycle de Rato Machhindranath, entre Bungamati et Patan | Sikali Jatra, au début de Dashain |
| Statut patrimonial | Village vivant, en reconstruction | Liste indicative de l’UNESCO depuis 1996 |
Bungamati est un bourg newar perché sur un éperon qui domine la Bagmati. Son identité tient en deux mots : Rato Machhindranath et sculpture sur bois.
Rato Machhindranath, appelé localement Bungadyo et ailleurs Karunamaya, est la divinité protectrice de la vallée, associée à la pluie et aux récoltes. Il réside une partie de l’année dans son grand temple de style shikhara, au centre de la place de Bungamati, et le reste du temps à Patan. Son transfert et la grande procession de son char à Patan comptent parmi les fêtes les plus importantes de la vallée.
Le temple a été entièrement détruit par le séisme d’avril 2015. Sa reconstruction a pris des années de retard, notamment faute de bois de charpente et après le retrait d’un partenaire étranger, selon The Himalayan Times et Onlinekhabar. Le 1er juin 2025, la divinité a été réinstallée dans le temple, dont la reconstruction était alors décrite comme entrée dans sa phase finale par The Diplomat Nepal. Nous n’avons pas trouvé d’annonce officielle d’achèvement complet au 14 octobre 2026 : attendez-vous à voir encore des échafaudages ou des finitions autour de la place.
Bungamati est réputée pour le nombre de ses maîtres sculpteurs, et presque chaque famille y a un lien avec le métier. Après le séisme, le Nepali Times décrivait un village presque entièrement détruit, dont les artisans dégageaient les décombres avant de pouvoir reprendre leurs outils. La reconstruction des temples de la vallée a ensuite donné du travail à ces artisans, chargés de refaire fenêtres, portes et étais sculptés. En flânant dans les ruelles, vous verrez des ateliers où l’on taille masques, divinités, fenêtres et petits objets : un bon endroit pour acheter un souvenir directement à l’artisan.
Khokana a gardé une organisation de village médiéval remarquablement lisible : des maisons serrées le long d’une rue principale, des places (chowks) et un système de drainage ancien. C’est ce qui lui a valu d’être inscrit en 1996, par le gouvernement népalais, sur la liste indicative du patrimoine mondial sous le titre « Khokana, le village vernaculaire et son patrimoine industriel de l’huile de graines de moutarde ». Ce statut de candidat potentiel ne vaut pas classement.
La moutarde fait vivre Khokana depuis des siècles. L’huile y est extraite dans des presses de bois massives, appelées localement kol, où les graines torréfiées sont écrasées entre de lourdes poutres. Selon Nepal Traveller, quelques moulins traditionnels fonctionnent encore, dont l’un aurait environ 300 ans. Demandez poliment à voir une presse en activité : c’est souvent possible, et l’on peut acheter l’huile sur place. Le village est aussi présenté comme l’un des premiers lieux du Népal à avoir reçu l’électricité, à l’époque Rana, au début du XXe siècle.
Au cœur du village, le temple à trois toits de Rudrayani, déesse protectrice de Khokana, se distingue par ses treillis de bois inclinés. À une demi-heure de marche environ, sur une colline herbeuse hors du village, le temple de Sikali offre une vue sur la Bagmati et les collines de Chandragiri et Champadevi. La Sikali Jatra, fête de cinq jours qui coïncide généralement avec Ghatasthapana, le premier jour de Dashain, donne lieu à des processions et à des danses masquées ; elle comprend aussi des sacrifices d’animaux, à savoir si vous êtes sensible.
Le séisme du 25 avril 2015 a frappé de plein fouet ces villages construits en brique et en terre. À Bungamati, les maisons autour de la place de Machhindranath se sont effondrées ou ont été gravement endommagées. À Khokana, le pavillon où repose le char de Rudrayani pendant la fête a été entièrement détruit avant d’être reconstruit. Plus de dix ans après, la reconstruction a beaucoup progressé, mais elle reste inégale : vous croiserez des maisons neuves en béton à côté de façades traditionnelles restaurées et de quelques ruines. C’est une réalité à regarder avec respect : évitez de photographier les familles devant leurs maisons endommagées sans leur demander. Pour comprendre l’ampleur de la catastrophe, lisez notre page sur le séisme de 2015 au Népal.
Depuis des années, Khokana est au cœur d’une controverse sur l’autoroute rapide Katmandou–Teraï (Fast Track), un axe d’environ 71 km construit par l’armée népalaise. Le tracé officiel part de Khokana et traverse le secteur de Bungamati ; les habitants dénoncent les expropriations, la menace sur leur patrimoine et la concentration de grands projets autour de leur village. Selon le Kathmandu Post du 23 septembre 2026, le chantier était achevé à environ 50 %, l’échéance avait été repoussée pour la troisième fois, à avril 2030, et la section de Khokana restait le principal point de blocage, un tracé alternatif attendant l’approbation du gouvernement. Vous verrez peut-être des banderoles ou des rassemblements : comme partout au Népal, les étrangers ne doivent pas participer aux manifestations.
Bungamati se rejoint par la route depuis Katmandou ou Patan en moins d’une heure, selon Nepal Traveller, en bus local, en taxi ou en voiture avec chauffeur. Une fois sur place, tout se fait à pied.
Les marcheurs peuvent prolonger jusqu’au temple de Dakshinkali, près de Pharping : Nepal Traveller compte 4 à 6 heures pour l’ensemble Bungamati – Khokana – Dakshinkali à un rythme tranquille, avant un retour en véhicule depuis Pharping. Voir notre page sur Pharping et Dakshinkali. Aucun permis de trek n’est nécessaire pour ces marches.
Les villages se visitent toute l’année. D’octobre à décembre, le temps sec et clair est idéal pour la marche ; pendant la mousson, qui s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre selon le service météorologique népalais, les chemins entre les champs deviennent boueux. Si vous voulez assister à la Sikali Jatra, vérifiez la date de Ghatasthapana sur le calendrier népalais de l’année.
Au 14 octobre 2026, le Canada recommande une grande prudence dans l’ensemble du Népal et la France une vigilance renforcée ; ces villages sont calmes, mais lisez notre page sécurité au Népal en 2026 avant de partir. Bungamati et Khokana se combinent très bien avec Patan dans la même journée, ou avec Kirtipur, autre cité newar du sud-ouest de la vallée. Pour organiser l’ensemble de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal et notre guide d’achats d’artisanat à Katmandou.
Ce sont deux villages newar voisins du sud de la vallée de Katmandou, dans la métropole de Lalitpur. Khokana est à environ 8 km au sud de Katmandou, Bungamati à 6 ou 7 km au sud de Patan.
Pour ses sculpteurs sur bois et pour son temple de Rato Machhindranath, divinité protectrice de la vallée qui y réside une partie de l’année avant de rejoindre Patan.
Détruit en 2015, il a fait l’objet d’une longue reconstruction. La divinité y a été réinstallée le 1er juin 2025, chantier alors en phase finale ; des finitions peuvent encore être visibles.
Pour son huile de moutarde pressée dans de grandes presses de bois et son tissu urbain médiéval, qui lui valent une place sur la liste indicative de l’UNESCO depuis 1996.
Comptez 40 minutes à 1 heure à travers les champs, selon le rythme. La marche peut se prolonger jusqu’à Dakshinkali, en 4 à 6 heures au total.
Par la route, en moins d’une heure en bus local, taxi ou voiture avec chauffeur. Les deux villages se visitent ensuite à pied.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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