Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les Tharu de Chitwan sont les premiers habitants de cette vallée du Teraï, bien avant que le parc national et les safaris n’attirent les voyageurs. Agriculteurs, éleveurs et pêcheurs, ils ont façonné un mode de vie adapté aux forêts, aux rivières et au climat chaud des plaines. Aujourd’hui, on découvre leur culture à travers un musée, des spectacles de danse et des séjours chez l’habitant. Cette page présente leur histoire, leurs maisons, leurs fêtes et la manière de les rencontrer avec respect. Informations vérifiées le 13 octobre 2026.
Pour replacer Chitwan dans votre voyage, consultez notre page pilier voyage au Népal.
Les Tharu comptent parmi les plus anciens habitants d’une grande partie du Teraï, la bande de plaines qui longe la frontière indienne. Selon le recensement national de 2021, ils sont 1 807 124, soit 6,2 % de la population, ce qui en fait le quatrième groupe du pays après les Chhetri, les Brahmanes des collines et les Magar. Ils sont aussi présents en Inde, où ils sont reconnus comme tribu.
Ce sont des sociétés diverses : on parle des Tharu de Chitwan, des Dangaura de l’ouest, des Kochila de l’est ; les Rana Tharu sont même recensés comme un groupe distinct depuis 2021. Chaque groupe possède ses traditions, ses parlers et ses fêtes. Pour un panorama de la diversité du pays, voyez notre page ethnies du Népal.
Longtemps, les plaines de Chitwan étaient infestées de paludisme. Les Tharu y vivaient malgré tout : contrairement à une idée reçue, ils n’étaient pas immunisés, mais ils étaient moins souvent et moins gravement touchés que les populations des collines, grâce à une immunité partielle, génétique et acquise, explique l’historien Tom Robertson dans le Nepali Times. La mortalité infantile restait néanmoins élevée.
Tout bascule dans les années 1950. Avec le soutien des États-Unis et de l’OMS, des campagnes de pulvérisation de DDT ouvrent le Teraï aux migrants venus des collines, encouragés par la politique de réinstallation de l’État. À Chitwan, la part des Tharu dans la population passe de près de 100 % en 1955 à 14 % en 1970, selon Tom Robertson. Beaucoup de familles perdent leurs terres. Dans l’ouest du Teraï, de nombreux Tharu tombent dans le servage pour dettes du système kamaiya, aboli par le gouvernement en juillet 2000.
Ces bouleversements expliquent pourquoi la question de la terre et de l’identité reste sensible aujourd’hui. Lors d’un atelier sur la société tharu en janvier 2026, Tom Robertson résumait ainsi le lien entre ce peuple et la nature du parc : sans les Tharu, il n’y aurait pas aujourd’hui de tigres ni de rhinocéros à Chitwan.
La maison traditionnelle tharu est l’une des plus belles expressions de cette culture. Elle repose sur une charpente de poteaux de bois portant un grand toit de chaume. Les murs, faits de roseaux ou de bambou tressés, sont enduits d’un mélange de terre, de bouse et de balle de riz, puis lissés à l’argile. Traditionnellement, les hommes montent la charpente et le toit, tandis que les femmes enduisent les murs et les décorent.
Les femmes peignent sur les façades et les cloisons des motifs d’animaux (éléphants, chevaux, paons, pigeons) et des décors géométriques, souvent avant les fêtes. Les grands greniers à riz en terre sont eux aussi ornés. Ces maisons tendent à disparaître au profit du béton, comme le constatait le Himalayan Times : celles que vous verrez encore méritent d’autant plus d’attention.
La lathi nach, ou danse des bâtons, est la plus célèbre des danses tharu. Les danseurs frappent leurs bâtons les uns contre les autres en rythme, dans des chorégraphies rapides et spectaculaires. Elle est surtout dansée pendant Dashain, et on y voit souvent le symbole de la protection des récoltes contre les animaux sauvages. À Sauraha, des spectacles de danse tharu sont proposés le soir aux visiteurs ; leurs recettes contribuent notamment au financement du musée tharu.
Maghi se célèbre le premier jour du mois népalais de Magh, à la mi-janvier. Les Tharu de Chitwan y mangent du pwakaa, du riz gluant cuit dans des feuilles de bananier, tandis que les Dangaura de l’ouest organisent festins et danses et élisent leurs chefs communautaires. C’est le moment le plus festif pour visiter un village tharu. Pour les autres grandes fêtes du calendrier, voyez notre page festivals du Népal et notre page sur le Dashain.
| Lieu | Ce qu’on y trouve | Pour qui |
|---|---|---|
| Musée tharu de Bachhauli (près de Sauraha) | Peintures murales, objets du quotidien, costumes, photos historiques | Tous les visiteurs de Sauraha |
| Spectacles de danse à Sauraha | Danse des bâtons et autres danses traditionnelles | En soirée, après les safaris |
| Séjour chez l’habitant à Amaltari | Programme communautaire de 48 chambres, prix du meilleur homestay du ministère du Tourisme en 2017 | Voyageurs qui veulent dormir au village |
| Séjour chez l’habitant à Barauli | Cottages tenus par des femmes tharu, cuisine, vélo, pirogue | Voyageurs étrangers, petits groupes |
Le Tharu Cultural Museum and Research Centre se trouve à Bachhauli, le village tharu le plus proche de Sauraha. Ses fresques racontent la vie quotidienne et les cérémonies de naissance, de mariage et de funérailles des Tharu de Chitwan ; on y voit aussi des objets anciens, des costumes et des photos historiques, dont certaines des campagnes contre le paludisme. La collection est modeste, reconnaissent ses responsables, mais c’est la meilleure introduction à la culture tharu. Le musée recevait environ 15 000 visiteurs par an en 2018, surtout étrangers.
Ces deux villages à majorité tharu se trouvent à l’ouest du parc national de Chitwan. Selon Mongabay, le programme d’Amaltari a été créé en 2013 avec l’appui du gouvernement et du WWF ; les revenus y sont partagés entre les membres. Celui de Barauli a été lancé en 2015 avec un réseau d’hébergement communautaire ; les cottages appartiennent à des femmes du village. Les deux modèles ont leurs forces et leurs limites : posez des questions sur la manière dont l’argent revient aux familles.
Combien de temps prévoir ? Une à deux heures suffisent pour le musée de Bachhauli, facile à rejoindre à pied ou à vélo depuis Sauraha. Pour un séjour chez l’habitant, comptez au moins une nuit : c’est le soir, autour du repas et des danses, que l’on partage vraiment le quotidien des familles. Dans ces villages vivent aussi d’autres communautés du Teraï, comme les Bote : à Amaltari, trois foyers bote participent au programme d’hébergement, selon Mongabay.
Pour l’accès et l’hébergement dans la région, voyez notre page Sauraha.
Les Tharu et la faune de Chitwan sont indissociables : une demi-journée au musée et une soirée de danse s’intègrent facilement entre deux safaris. Voyez notre page safari à Chitwan pour organiser vos sorties, et notre page culture du Népal pour élargir la découverte.
Selon le recensement de 2021, les Tharu sont 1 807 124, soit 6,2 % de la population. C’est le quatrième groupe du pays.
Au musée tharu de Bachhauli, près de Sauraha, lors des spectacles de danse du soir, et dans les séjours chez l’habitant communautaires d’Amaltari et de Barauli, à l’ouest du parc.
La lathi nach est une danse où les participants frappent leurs bâtons en rythme. Elle est surtout dansée pendant Dashain et se présente aussi le soir aux visiteurs de Sauraha.
Le premier jour du mois népalais de Magh, à la mi-janvier. Les Tharu de Chitwan y mangent du pwakaa, un riz gluant cuit dans des feuilles de bananier.
Non, mais ils étaient moins souvent et moins gravement touchés que les autres populations, grâce à une immunité partielle génétique et acquise.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
Je découvre le voyage guidé Le guide complet du Népal