Crue de lac glaciaire au Népal : comprendre les GLOF et voyager prudemment

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Un GLOF est la vidange brutale d’un lac glaciaire : une vague d’eau, de boue et de blocs dévale la vallée en quelques minutes.
  • Selon l’ICIMOD et le PNUD (2020), 47 lacs glaciaires potentiellement dangereux menacent les bassins de la Koshi, de la Gandaki et de la Karnali, dont 21 au Népal et 25 au Tibet.
  • Événements récents : Thame (région de l’Everest) le 16 août 2024, Rasuwagadhi le 8 juillet 2025, puis la crue catastrophique de la Bhote Koshi le 26 août 2026 (1 356 morts au 7 septembre).
  • Imja Tsho (5 010 m) a été abaissé de 3,4 m en 2016 et Tsho Rolpa de 3 m en 2000 pour réduire le risque.
  • En trek : ne campez pas au bord des rivières glaciaires, repérez les hauteurs et suivez les alertes, surtout de juin à septembre.

Une crue de lac glaciaire au Népal, ou GLOF (de l’anglais glacial lake outburst flood), est l’un des dangers les plus spectaculaires de l’Himalaya. Avec le recul des glaciers, des lacs se forment derrière des moraines fragiles ou sous des pentes de glace instables. Qu’un pan de roche ou de glace s’y effondre, ou que la digue naturelle cède, et des centaines de milliers de mètres cubes d’eau dévalent la vallée. Le risque reste rare pour un voyageur, mais les événements de 2024, 2025 et surtout d’août 2026 ont montré qu’il touche aussi des vallées touristiques. Informations vérifiées le 13 octobre 2026.

Qu’est-ce qu’une crue de lac glaciaire (GLOF) ?

La plupart des lacs glaciaires népalais sont retenus par des moraines, ces amas de débris laissés par le glacier. Ces barrages naturels peuvent céder pour plusieurs raisons : une avalanche de glace ou un éboulement qui tombe dans le lac et crée une vague, la fonte de glace enfouie dans la moraine, un séisme ou des pluies exceptionnelles. La vague emporte alors tout sur son passage et se charge de boue et de blocs, au point de devenir une lave torrentielle capable de parcourir des dizaines de kilomètres. Le danger vient de sa soudaineté : en aval, les habitants n’ont parfois que quelques minutes pour réagir.

Le phénomène n’est pas nouveau. Selon l’inventaire de l’ICIMOD et du PNUD, le Népal a connu 26 GLOF depuis 1977, dont 14 nés sur son territoire ; les autres sont venus de l’extérieur du pays, par les rivières qui traversent l’Himalaya.

Combien de lacs glaciaires dangereux au Népal ?

En 2020, le Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) et le PNUD ont publié un inventaire des lacs glaciaires des bassins de la Koshi, de la Gandaki et de la Karnali. Ils ont identifié 47 lacs potentiellement dangereux : 25 au Tibet, 21 au Népal et 1 en Inde. Le bassin de la Koshi, qui comprend la région de l’Everest, concentre à lui seul 42 de ces lacs, contre 3 pour la Gandaki et 2 pour la Karnali.

Lac ou valléeRégionAltitudeCe qu’il faut savoir
Imja TshoKhumbu, près du Island Peak5 010 mNiveau abaissé de 3,4 m en 2016 par un canal de vidange creusé avec l’armée népalaise
Tsho RolpaRolwaling (Dolakha)4 560 m selon l’ICIMODAbaissé de 3 m en 2000 ; les experts jugent qu’un abaissement de 20 m serait nécessaire pour supprimer le risque
Lacs du ThameRégion de l’Everest4 900 mVidange en chaîne de deux lacs le 16 août 2024
Lhende KholaFrontière Népal–Tibet, RasuwaHaute montagneCrues destructrices le 8 juillet 2025 et le 26 août 2026

Thame, août 2024 : la crue qui a frappé la région de l’Everest

Le 16 août 2024, un torrent de boue et d’eau glacée a dévasté le village de Thame, dans la région de l’Everest, à l’ouest de Namche Bazaar. L’étude publiée en 2025 par l’ICIMOD a reconstitué l’enchaînement : un éboulement rocheux est tombé dans un lac glaciaire situé à 4 900 mètres, créant une vague qui a rompu sa rive et libéré environ 156 000 m³ d’eau. Ce flot, après une chute de 120 mètres, a percuté un second lac, dont la moraine a cédé à son tour, libérant 303 000 m³ supplémentaires. Les débris, y compris de gros blocs, ont été transportés jusqu’à 80 km en aval. Bilan : 25 maisons détruites et 135 personnes déplacées, sans victime signalée. L’ICIMOD qualifie la région de l’Everest de point chaud des risques liés à la cryosphère, en soulignant que même de petits lacs peuvent être dangereux.

Rasuwa, 2025 et 2026 : la vallée de la Bhote Koshi frappée deux fois

Le 8 juillet 2025, une crue soudaine de la Lhende Khola, à la frontière chinoise, a emporté le pont de Rasuwagadhi, principal point de passage commercial entre le Népal et la Chine. Au moins 18 personnes, dont six ressortissants chinois, ont été portées disparues. Le Département d’hydrologie et de météorologie a attribué cette crue à la vidange d’un lac glaciaire.

Le 26 août 2026, une catastrophe d’une tout autre ampleur a suivi. Selon l’Autorité nationale de réduction et de gestion des risques de catastrophe (NDRRMA), une avalanche de glace et de roches partie du versant nord du Langtang Lirung a provoqué une crue de la Lhende Khola, qui s’est propagée dans la Bhote Koshi puis la Trishuli, à travers huit districts jusqu’au Teraï. Au 7 septembre 2026, le bilan atteignait 1 356 morts et près de 4 900 disparus, parmi lesquels des centaines d’étrangers. Le mécanisme exact, entre effondrement glaciaire, barrage temporaire et rupture, fait encore l’objet d’études. Le poste-frontière de Rasuwagadhi était toujours fermé fin septembre 2026, et le Canada déconseille tout voyage non essentiel dans les districts de Rasuwa et Nuwakot.

Quels treks sont concernés par le risque de GLOF ?

Le risque concerne surtout les vallées qui descendent de grands glaciers, et en particulier le bassin de la Koshi. Pour le voyageur, cela touche notamment :

  • La région de l’Everest : la vallée de l’Imja (vers Chhukung et Island Peak), la vallée du Thame (vers le Renjo La) et la Dudh Koshi en aval. Voir notre guide du trek du camp de base de l’Everest et celui du trek des trois cols.
  • Le Rolwaling, sous le lac Tsho Rolpa.
  • La vallée du Langtang et la Bhote Koshi : la région la plus touchée en 2025 et 2026. Avant de prévoir le trek du Langtang, vérifiez l’avis officiel de votre pays et l’état des routes.
  • Les vallées de l’Ouest (Gandaki, Karnali), moins exposées selon l’inventaire de 2020, mais pas à l’abri.

Quand le risque est-il le plus élevé ?

Les GLOF récents se sont produits en plein été : 16 août 2024, 8 juillet 2025, 26 août 2026. C’est la période où la fonte glaciaire est maximale et où la mousson gorge les lacs et fragilise les pentes. La mousson arrive en moyenne vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre. Les grandes saisons de trek, l’automne et le printemps, sont donc moins exposées, sans que le risque y soit nul, car un éboulement ou un séisme peut déclencher une vidange à tout moment.

Nos conseils pour les trekkeurs

  1. Ne campez pas et ne dormez pas au bord immédiat d’une rivière glaciaire ; préférez les lodges construits en hauteur par rapport au lit.
  2. Repérez une échappatoire vers les hauteurs à chaque étape. Si vous entendez un grondement inhabituel ou voyez l’eau changer brusquement de couleur ou de niveau, montez immédiatement, sans revenir chercher vos affaires.
  3. Écoutez les sirènes, les habitants et les consignes locales : en cas d’alerte, ne cherchez pas à voir la vague, montez.
  4. Consultez les avis officiels la veille du départ et pendant le trek, surtout en été.
  5. Marchez avec un guide licencié, obligatoire dans la plupart des parcs et aires de conservation depuis le 1er avril 2023, qui connaît les zones sensibles.
  6. Vérifiez votre assurance : elle doit couvrir l’évacuation en hélicoptère et les catastrophes naturelles. Voir notre page assurance voyage et sauvetage en hélicoptère au Népal.

Changement climatique : un risque appelé à durer

Les glaciers de l’Himalaya reculent et les lacs glaciaires s’agrandissent, ce qui explique l’attention croissante des chercheurs. Le Népal a déjà mené des travaux d’abaissement sur l’Imja Tsho et le Tsho Rolpa, et l’ICIMOD recommande une surveillance étroite des lacs identifiés. Pour le voyageur, l’enjeu n’est pas de renoncer à l’Himalaya, mais de choisir sa saison, ses étapes et ses informations avec soin. Pour compléter, lisez nos pages sur la mousson, les glissements de terrain et les inondations, sur les avalanches au Népal et notre guide complet du voyage au Népal. Informations vérifiées le 13 octobre 2026.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un GLOF ?

Un GLOF (glacial lake outburst flood) est la vidange brutale d’un lac glaciaire, souvent retenu par une moraine fragile. La vague d’eau, de boue et de blocs peut parcourir des dizaines de kilomètres en aval.

Combien de lacs glaciaires dangereux y a-t-il au Népal ?

L’inventaire ICIMOD-PNUD de 2020 recense 47 lacs potentiellement dangereux dans les bassins de la Koshi, de la Gandaki et de la Karnali : 21 au Népal, 25 au Tibet et 1 en Inde. 42 se trouvent dans le bassin de la Koshi.

Que s’est-il passé à Thame en 2024 ?

Le 16 août 2024, un éboulement est tombé dans un lac glaciaire à 4 900 m, provoquant la vidange en chaîne de deux lacs. La crue a détruit 25 maisons et déplacé 135 personnes, sans victime signalée.

La crue de Rasuwa d’août 2026 était-elle un GLOF ?

Selon la NDRRMA, elle a été déclenchée par une avalanche de glace et de roches du Langtang Lirung dans la Lhende Khola ; le mécanisme exact est encore étudié. Au 7 septembre 2026, elle avait fait 1 356 morts et près de 4 900 disparus.

Les trekkeurs sont-ils menacés par les crues glaciaires ?

Le risque est faible mais réel dans les vallées glaciaires, surtout en été. Évitez de dormir au bord des rivières, repérez les hauteurs et suivez les alertes et les avis officiels.

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Sources consultées