Gundruk et achar : le guide des légumes fermentés et condiments népalais

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le gundruk est fait de feuilles de moutarde, de rayo, de navet, de radis ou de chou-fleur fanées, tassées dans un pot hermétique, fermentées environ 10 jours puis séchées au soleil 3 à 4 jours.
  • Séché, il se conserve plus de 2 ans à température ambiante ; on le mange en soupe (jhol), en salade (sadeko), en achar ou en curry avec des pommes de terre.
  • Le sinki est son cousin fait de racines de radis ; ce sont des fermentations lactiques, comme la choucroute ou le kimchi.
  • L’achar est le condiment de chaque repas : tomate (avec les momos), radis, lapsi, mangue, concombre, citron, piment.
  • Au Népal, les achars en sachet commençaient vers 140 NPR pour les légumes et 700 NPR pour la viande (Kathmandu Post, janvier 2024) ; ces prix ont pu évoluer.

Le gundruk est l’un des aliments les plus typiques du Népal : des feuilles vertes fermentées puis séchées, au goût acidulé, qui relèvent la soupe, le riz et le dhido. Avec lui, toute une famille de légumes fermentés et d’achars, ces condiments présents sur chaque assiette de dal bhat. Voici comment on les fabrique, comment on les mange, lesquels goûter et comment en rapporter. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Qu’est-ce que le gundruk ?

Le gundruk est un produit de légumes verts fermentés des régions de montagne du Népal, de l’Inde et du Bhoutan. Une étude publiée en 2020 dans la revue Food Science & Nutrition le décrit comme un « produit végétal séché acide » fait à partir de feuilles de la famille du chou : rayo (Brassica rapa), moutarde (Brassica juncea) ou chou-fleur. Onlinekhabar cite aussi les feuilles de navet et de radis, ces dernières donnant le gundruk le plus acide.

Il est né d’une nécessité : conserver l’abondance de feuilles de la récolte pour la saison où les légumes frais manquent. Il reste aujourd’hui une source appréciée de minéraux en hiver, quand l’alimentation repose surtout sur les céréales et les tubercules. Le média népalais Onlinekhabar le présente comme l’un des plats nationaux du pays.

Comment fabrique-t-on le gundruk ?

La méthode traditionnelle, décrite par l’étude de 2020, est simple ; selon une étude parue en 2024, le produit obtenu ne contient pas de sel :

  1. Faner les feuilles au soleil.
  2. Hacher ou écraser les feuilles, puis les presser fortement dans un pot de terre ou un bocal.
  3. Fermer hermétiquement pour créer un milieu sans air : les bactéries lactiques font leur travail pendant une dizaine de jours dans un endroit chaud.
  4. Sécher au soleil trois à quatre jours. Contrairement au kimchi ou à la choucroute, le gundruk est séché avant d’être conservé, puis réhydraté pour la cuisine.

Selon l’étude de 2020, le produit fini se conserve plus de deux ans à température ambiante. En laboratoire, les chercheurs ont mesuré une chute du pH de 6,59 à 3,71 au neuvième jour : c’est cette acidité qui protège le gundruk des microbes indésirables. Les bactéries en cause sont des lactobacilles, notamment Lactobacillus plantarum. La fabrication a lieu surtout en hiver, quand les feuilles abondent et que l’air est moins humide.

Comment mange-t-on le gundruk ?

PréparationDescriptionAvec quoi
Gundruk ko jhol (soupe)Bouillon léger à l’ail, à l’oignon, à la tomate et au pimentRiz ou dhido
Gundruk sadeko (salade)Gundruk trempé dans l’eau tiède, puis sauté à l’huile de moutarde avec oignon, tomate et pimentEn-cas, apéritif
Gundruk ko acharLa préparation la plus populaire selon Onlinekhabar, assaisonnée d’épices comme les graines de cumin et de coriandreDal bhat
Gundruk alooCurry épais de gundruk et de pommes de terreRiz

Le gundruk accompagne particulièrement bien le dhido, pâte de sarrasin, de millet ou de maïs mangée dans les collines. Il figure aussi dans de nombreux repas thakali : voir notre page cuisine thakali.

Quelle feuille pour quel gundruk ?

Le goût du gundruk dépend de la feuille utilisée. Onlinekhabar distingue quatre grandes familles :

  • Moutarde : le plus doux, mangé en légume ou en achar, et réputé nourrissant pour les malades et les personnes âgées.
  • Navet : une acidité un peu plus marquée que la moutarde.
  • Radis : le plus acide de tous, parfait avec le dhido et la viande.
  • Chou-fleur : feuilles et tiges, d’une acidité modérée, proche du navet.

Plus le gundruk est peu cuit, plus il paraît aigre. Les Népalais le grignotent même sec et cru, comme un en-cas acidulé.

Gundruk et santé : ce que dit la science

Le gundruk intéresse les chercheurs pour ses bactéries lactiques. L’étude de 2020 rappelle que la fermentation peut améliorer la digestibilité des aliments et que certaines bactéries isolées du gundruk présentent un caractère probiotique. Une étude publiée en 2024 dans Frontiers in Sustainable Food Systems, menée sur du gundruk du nord du Bengale et du Sikkim, souligne aussi que ces bactéries contribuent au goût unique du gundruk et pourraient avoir des effets bénéfiques sur la santé. Ces pistes restent à confirmer : le gundruk est d’abord un aliment traditionnel savoureux, pas un remède. Il garde un atout simple : il apporte des minéraux et de la saveur à des repas d’hiver souvent pauvres en légumes frais.

Sinki et autres fermentations

Le sinki est l’équivalent du gundruk pour les racines de radis. Les travaux du microbiologiste Jyoti Prakash Tamang (1993) l’ont décrit comme une fermentation lactique traditionnelle. Les radis sont fanés quelques jours, puis leurs racines coupées sont tassées dans une fosse réchauffée par un petit feu, tapissée de bambou et de paille, et scellée ; la fermentation dure environ 20 à 30 jours, avant un séchage au soleil. On le mange surtout en soupe (sautée à l’oignon, à la tomate et au piment, servie avec du riz) ou en achar.

Dans les régions sèches comme le Thak Khola, ces conserves (gundruk, sinki, viande séchée appelée sukuti) ont longtemps permis de traverser l’hiver sans récolte. Elles restent un pilier des cuisines de montagne.

L’achar, condiment de chaque repas

Le mot achar désigne au Népal un large éventail de condiments : pickles fermentés ou conservés dans le vinaigre ou la saumure, mais aussi sauces fraîches, comme les chutneys de tomate ou les sauces au sésame servis avec les momos. Aucun dal bhat n’est complet sans lui. Les pickles de légumes les plus populaires, selon le Kathmandu Post : mangue, concombre, lapsi, piment rouge, citron et radis.

Les achars à goûter

  • Golbheda ko achar (achar de tomate) : à base de tomates pilées et pimentées, c’est l’une des sauces classiques des momos, avec les sauces au sésame, à l’arachide ou au soja.
  • Mula ko achar (radis) : radis au piment vert, aux épices et à l’huile de moutarde, parfois avec de la carotte ; il fait partie du samay baji de la cuisine newar.
  • Lapsi ko achar (pau-kwaa en newar) : à base de lapsi, une petite prune acide de l’Himalaya, relevé de piment, d’épices et d’ase fétide ; il est aigre-doux.
  • Aloo achar : pommes de terre bouillies en dés, au piment, à l’oignon et à l’ail, parfumées au fenugrec ; plus douce.
  • Achar de radis thakali (lapue) : enrobé de sésame, de piment, de citron et de fenugrec, il se grignote aussi en en-cas, selon le Himalayan Times.
  • Achars de viande : poulet, chèvre (mutton) ou buffle ; selon le Kathmandu Post, ils deviennent des choix populaires, au Népal comme à l’étranger.

Le Kathmandu Post rappelle que beaucoup de Népalais jugent les achars bénéfiques pour se remettre d’une grippe ; c’est une croyance populaire, non une recommandation médicale.

Un savoir familial devenu une industrie

La fabrication d’achars fait partie de la culture culinaire népalaise depuis longtemps, mais elle ne s’est commercialisée que récemment. Le Kathmandu Post (janvier 2024) indique qu’au cours de l’exercice 2022-2023, le Népal a exporté 161 tonnes de pickles pour 109,84 millions de roupies, principalement vers l’Australie, la Belgique, le Canada, Hong Kong, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis. La croissance de la diaspora népalaise porte une bonne partie de cette demande : beaucoup achètent en gros pour emporter à l’étranger ou envoyer à leurs proches. Sur le marché intérieur, les achars de légumes en sachet commençaient alors vers 140 NPR, ceux de viande vers 700 NPR. Ces prix datent de janvier 2024 et peuvent avoir évolué au 14 octobre 2026.

Où goûter et acheter gundruk et achars ?

  • Au restaurant : demandez le gundruk ko jhol ou le gundruk sadeko dans les restaurants de cuisine népalaise ou thakali.
  • Dans les marchés : le gundruk sec se vend au poids dans les marchés et épiceries ; à Katmandou, flânez dans les marchés d’Asan et d’Indra Chowk.
  • À Kirtipur : selon une tradition populaire rapportée par Onlinekhabar, la ville serait associée au gundruk depuis les sièges de Prithvi Narayan Shah ; voir notre page Kirtipur.
  • En cours de cuisine : de nombreux cours apprennent à préparer un achar de tomate ; voir cours de cuisine népalaise.

Conseils pratiques et hygiène

  • Achars frais : les chutneys crus (tomate, radis, concombre) sont préparés avec des légumes frais ; le gouvernement du Canada recommande d’éviter les aliments crus non pelés par vous-même. Préférez les achars cuits ou les pickles fermentés si votre estomac est fragile.
  • Piquant : goûtez une petite quantité avant de mélanger l’achar au riz.
  • Végétariens : le gundruk et la plupart des achars sont végétariens ; vérifiez seulement l’absence d’achar de viande. Plus de conseils sur notre page végétarien au Népal.
  • Rapporter des achars : choisissez des produits emballés et étiquetés, placez les bocaux d’huile en soute, et déclarez les aliments à votre retour selon les règles de votre pays ; les produits à base de viande sont souvent interdits à l’importation.
  • Santé : consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ pour les vaccins (typhoïde, hépatite A).

Pour découvrir les autres piliers de la table népalaise, lisez notre guide de la cuisine népalaise, et retrouvez tous nos dossiers sur la page voyage au Népal.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le gundruk ?

Ce sont des feuilles vertes (moutarde, rayo, navet, radis, chou-fleur) fermentées une dizaine de jours dans un pot hermétique, puis séchées au soleil. Le gundruk se conserve plus de 2 ans et se mange en soupe, en salade ou en achar.

Quel goût a le gundruk ?

Il est acidulé et légèrement terreux, d’autant plus aigre qu’il est peu cuit. Le gundruk de radis est le plus acide.

Qu’est-ce qu’un achar népalais ?

Un condiment qui accompagne le dal bhat et les momos : pickle fermenté, conservé dans l’huile, ou chutney frais pilé, à base de tomate, radis, lapsi, mangue, citron, piment ou pommes de terre.

Quelle est la différence entre gundruk et sinki ?

Le gundruk est fait de feuilles, le sinki de racines de radis. Les deux sont des fermentations lactiques séchées après fermentation, qui se conservent longtemps.

Peut-on rapporter des achars du Népal ?

Oui, de préférence des produits emballés et étiquetés, en soute. Déclarez-les à l’arrivée : les achars de viande sont souvent interdits à l’importation.

Combien coûte un achar au Népal ?

En janvier 2024, le Kathmandu Post indiquait des prix à partir de 140 NPR le sachet pour les achars de légumes et de 700 NPR pour ceux de viande ; ils peuvent avoir changé depuis.

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Sources consultées