Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les castes au Népal ne sont plus inscrites dans la loi depuis 1963, mais elles structurent encore une partie de la vie sociale, surtout à la campagne : mariages, repas partagés, accès à certaines maisons. Le pays a hérité d’un système codifié en 1854, l’a démantelé juridiquement par étapes, et punit aujourd’hui la discrimination. Comprendre ce passé aide à lire ce que l’on observe en voyage, sans tomber dans la caricature. Voici l’essentiel, des origines aux règles en vigueur au 14 octobre 2026, et ce que cela change pour vous. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Le recensement national de 2021, publié par l’Office national de la statistique (National Statistics Office), recense 142 castes et groupes ethniques pour une population de 29 164 578 habitants. Il faut distinguer deux grandes familles :
| Les huit groupes les plus nombreux (recensement 2021) | Population | Part |
|---|---|---|
| Chhetri | 4 796 995 | 16,45 % |
| Brahmanes des collines | 3 292 373 | 11,29 % |
| Magar | 2 013 498 | 6,90 % |
| Tharu | 1 807 124 | 6,20 % |
| Tamang | 1 639 866 | 5,62 % |
| Bishwokarma (Kami) | 1 470 010 | 5,04 % |
| Musulmans | 1 418 677 | 4,86 % |
| Newar | 1 341 363 | 4,60 % |
Le recensement de 2021 est aussi celui de la diversité religieuse : 81,19 % d’hindous, environ 8,2 % de bouddhistes et 3,17 % de fidèles de la religion kirat. Pour un panorama de tous les peuples, voyez notre page ethnies du Népal.
En 1854, le premier ministre Jung Bahadur Rana promulgue le Muluki Ain, premier code civil documenté du pays. Ancré dans le droit hindou traditionnel, il codifie des pratiques sociales anciennes et classe l’ensemble de la population, y compris les peuples non hindous, en quatre grands niveaux :
Les peines elles-mêmes variaient selon la caste : les Brahmanes échappaient à la peine capitale, quand les castes les plus basses subissaient les sanctions les plus lourdes. Cette période est détaillée sur notre page consacrée à la dynastie Rana.
En 1963, sous le régime du Panchayat, un nouveau Muluki Ain proclame l’égalité de tous devant la loi et supprime le fondement juridique de l’intouchabilité. Dans les faits, la pratique a peu changé pendant des décennies : en septembre 2006 encore, des Dalits venus entrer au temple de Shaileshwori, dans le district de Doti (Extrême-Ouest), qui leur était jusque-là interdit, ont été attaqués par une foule et une cinquantaine d’entre eux ont été blessés, selon le Himalayan Times.
Un tournant intervient le 24 mai 2011 avec l’adoption de la loi sur la discrimination fondée sur la caste et l’intouchabilité (infraction et sanction), dite loi de 2068 selon le calendrier népalais. Pour la première fois, elle criminalise l’intouchabilité dans la sphère privée comme dans la sphère publique, réprime l’incitation à la discrimination et alourdit les peines des agents publics fautifs. Une commission nationale des Dalits existe depuis 2002, et une loi lui a été consacrée en 2017.
La Constitution de 2015 consacre son article 24 au droit de ne pas subir l’intouchabilité ni la discrimination. Nul ne peut y être soumis, dans un lieu public ou privé, en raison de son origine, de sa caste, de son ethnie, de sa communauté, de sa profession ou de sa condition physique ; toute propagande de supériorité de caste est interdite, et ces actes sont punissables comme une infraction sociale grave, avec un droit à réparation pour la victime. La Commission nationale des Dalits devient un organe constitutionnel. Pour l’élection à la proportionnelle de la Chambre des représentants, les listes fermées des partis doivent refléter la part de chaque groupe dans la population : pour le scrutin du 5 mars 2026, elles devaient compter 13,44 % de Dalits, d’après les données du recensement de 2021.
Le rapport statistique sur les Dalits publié en juin 2025 par l’Office national de la statistique et l’association de femmes dalites FEDO, à partir du recensement de 2021, en compte 3 898 990, soit 13,44 % de la population ; des organisations dalites estiment que le recensement sous-évalue leur nombre. Parmi les groupes dalits les plus nombreux figurent les Bishwokarma (Kami, forgerons traditionnels), les Pariyar (Damai, tailleurs et musiciens) et les Mijar (Sarki, travail du cuir).
En ville, à Katmandou ou à Pokhara, la caste pèse moins sur la vie quotidienne : on partage un repas au restaurant, on travaille ensemble, les mariages mixtes progressent. Dans les campagnes, en particulier dans l’Ouest, les discriminations persistent : refus d’accès à une source ou à un temple, mariages interdits, violences. En mai 2024, Amnesty International a conclu que les autorités ne protégeaient pas suffisamment les Dalits, en particulier les femmes et les filles : plaintes mal accueillies par la police, impunité, et cellules dalits créées depuis 2020 dans les commissariats (86 dans le pays) parfois inopérantes sur le terrain. La caste se lit souvent dans le nom de famille, ce qui explique que le sujet affleure dès les présentations.
Les mots qui reviennent dans la presse népalaise, chez les guides et dans les conversations ne sont pas toujours clairs pour un voyageur. Voici les principaux :
| Terme | Sens |
|---|---|
| Bahun | Brahmane, caste sacerdotale de tradition hindoue |
| Chhetri | Caste de tradition guerrière et administrative, la plus nombreuse du pays |
| Thakuri | Caste rattachée aux anciennes familles régnantes |
| Dalit | Nom choisi par les anciennes castes dites « intouchables » ; il signifie « opprimé » |
| Janajati (Adivasi Janajati) | Peuples autochtones, avec leurs propres langues et religions : Magar, Tamang, Newar, Gurung, Rai, Limbu, Sherpa, Tharu… |
| Madhesi | Populations de la plaine du Teraï, proches culturellement du nord de l’Inde |
| Muluki Ain | Code civil ; celui de 1854 a fixé la hiérarchie des castes, celui de 1963 l’a abolie en droit |
| Jutho | Impureté de ce qui a touché la bouche, qui règle le partage de la nourriture |
Ces catégories se chevauchent : un même patronyme, comme Thapa, peut être porté par des familles chhetri et magar. Au Népal, mieux vaut donc ne rien déduire d’un nom et laisser chacun se présenter. Les peuples autochtones ont chacun leur page : voyez par exemple notre dossier sur le peuple magar, le premier d’entre eux par le nombre.
Pour un voyageur, l’enjeu n’est pas de juger, mais de comprendre ce que l’on observe et d’éviter de mettre ses hôtes dans l’embarras :
Les règles de savoir-vivre sont réunies dans notre guide des coutumes du Népal, et notre page sur le tourisme responsable explique comment voyager de façon équitable.
Le meilleur moyen reste la rencontre : un séjour chez l’habitant dans un village gurung, magar ou tharu montre une autre facette du pays que celle des castes hindoues. Les grandes fêtes, comme Dashain, réunissent les familles et révèlent les liens d’aînesse et de parenté. Pour replacer tout cela dans la longue durée, lisez notre histoire du Népal et notre page sur l’hindouisme. Tous nos dossiers sont réunis sur la page pilier voyage au Népal.
Il n’a plus de valeur légale depuis le nouveau Muluki Ain de 1963, et la discrimination est punie par une loi de 2011 et par la Constitution de 2015. Il continue pourtant d’influencer les mariages et les relations sociales, surtout à la campagne.
Les Chhetri, avec 4 796 995 personnes, soit 16,45 % de la population au recensement de 2021, devant les Brahmanes des collines (11,29 %).
Les données du recensement de 2021 publiées en juin 2025 en comptent 3 898 990, soit 13,44 % de la population ; des organisations dalites estiment ce chiffre sous-évalué.
C’est le code civil promulgué en 1854 par Jung Bahadur Rana, qui a fixé par la loi une hiérarchie des castes. Un nouveau Muluki Ain a supprimé en 1963 le fondement légal de l’intouchabilité.
Non : les étrangers sont considérés comme hors caste. Dans des familles hindoues orthodoxes, l’accès à la cuisine peut néanmoins leur être refusé.
L’article 24 de la Constitution de 2015 interdit toute intouchabilité ou discrimination fondée sur la caste, en public comme en privé, et en fait une infraction sociale grave ouvrant droit à réparation.
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