Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les Magar forment le plus grand peuple autochtone du Népal : plus de deux millions de personnes, présentes de Palpa à Rolpa et jusque dans l’Est. Ils ont fourni une grande partie des soldats gurkhas, ont donné au pays des noms aussi répandus que Thapa ou Rana, et conservent des langues et des fêtes bien à eux. Pourtant, peu de voyageurs savent les reconnaître. Voici qui ils sont, où ils vivent, ce qu’ils célèbrent, et comment les rencontrer en préparant votre voyage. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Au recensement national de 2021, les Magar sont 2 013 498, soit 6,90 % de la population. Ils étaient 1 887 733 en 2011 (7,12 %) : leur nombre progresse, même si leur part recule légèrement. Ils sont le troisième groupe du pays, derrière les Chhetri et les Brahmanes des collines, et le premier parmi les peuples autochtones (Janajati). La société magar s’organise en clans patrilinéaires, dont les noms sont devenus des patronymes : Thapa, Ale, Rana, Budhathoki, Roka, Gharti, Pun…
Pour les situer parmi les autres peuples du pays, voyez notre page ethnies du Népal, et pour la hiérarchie sociale héritée du XIXe siècle, notre page castes au Népal.
Le territoire historique magar se divise en deux ensembles : le Barha Magarat (« douze régions magar »), dans le bassin de la Gandaki, et l’Athara Magarat (« dix-huit régions magar »), dans celui de la Karnali. Aujourd’hui, les Magar sont nombreux dans les collines de l’Ouest et du centre :
| Région | Districts | Ce que le voyageur peut y voir |
|---|---|---|
| Collines de l’Ouest | Palpa, Syangja, Tanahun | Tansen, villages magar des collines, fête de Maghe Sankranti |
| Vallée de la Kali Gandaki | Myagdi | Portes des treks des Annapurnas et du Dhaulagiri |
| Moyen-Ouest | Rolpa, Rukum, Salyan, Pyuthan | Pays du magar kham, hors des circuits touristiques |
| Est | Dhankuta et autres districts | Villages magar plus dispersés, séjours chez l’habitant |
Les hautes terres de Rolpa et de Rukum, pays des Magar kham, ont été le berceau de l’insurrection maoïste : voyez notre page sur la guerre civile au Népal (1996-2006).
On parle souvent de « la langue magar », mais les Magar ont trois langues maternelles, toutes tibéto-birmanes. Le magar dhut est parlé surtout dans le Barha Magarat, notamment dans les districts de Palpa, Syangja et Tanahun. Le magar kham, parlé dans l’Athara Magarat, plus à l’ouest, partage de nombreux mots avec lui mais en diffère par sa structure : les deux langues ne sont pas mutuellement intelligibles. Le kaike, enfin, n’est parlé que dans le Dolpa. Le gouvernement a élaboré des programmes scolaires en magar, mais les manuels ont rarement atteint les écoles, où l’enseignement se fait très majoritairement en népali, et beaucoup de jeunes Magar ne parlent plus la langue de leurs grands-parents. Pour le voyageur, quelques mots de népali suffisent partout.
La religion des Magar varie selon les régions et les familles : on compte parmi eux des hindous comme des bouddhistes, et leur appartenance religieuse fait débat au sein même de la communauté. Partout, le culte de la nature, des esprits et des divinités de clan reste très présent, et les fêtes s’accompagnent de chants et de danses, comme le sorathi ou le ghatu. Guérisseurs (dhami) et chamans (jhakri) jouent un rôle important dans les soins et les rituels : notre page sur le chamanisme au Népal présente ces traditions, et celle sur l’hindouisme en éclaire le cadre.
Maghe Sankranti tombe le premier jour du mois de Magh du calendrier népalais, généralement à la mi-janvier : le 15 janvier en 2026, et de nouveau le 15 janvier en 2027 (1er Magh 2083), jour férié national selon la liste officielle publiée par le ministère de l’Intérieur. Fêtée dans tout le pays, elle revêt une importance particulière chez les Magar, pour qui elle honore les filles et les sœurs. Le matin, les frères se baignent, jeûnent, rendent un culte aux divinités du clan et aux ancêtres, puis posent la tika sur le front de leurs sœurs et leur offrent des cadeaux et de l’argent. Le présent rituel, appelé nisro, réunit de l’igname, des fruits, du sel roti (beignet de riz en anneau) et des légumes. Dans tout le pays, on mange ce jour-là de l’igname, du ghee, du chaku (mélasse) et des plats au sésame. À Katmandou, la communauté magar défile de Bhrikutimandap au Tundikhel.
Si vous êtes au Népal à la mi-janvier, ce défilé est un spectacle haut en couleur ; dans un village de Palpa, c’est une immersion dans la vie de famille. Pour le sens de la tika, voyez notre page sur les rituels de la puja et de la tika.
La cuisine magar est celle des collines : riz ou bouillie de céréales, lentilles, légumes du jardin, et viande lors des fêtes. Maghe Sankranti en donne le meilleur aperçu, avec ses plats de saison réputés réchauffer en plein hiver : l’igname (tarul), le ghee, le chaku et les douceurs au sésame. Les fêtes villageoises s’accompagnent de chants et de danses. Si vous êtes invité, goûtez de tout, mangez de la main droite et acceptez d’être resservi : c’est la meilleure façon de remercier.
Comme ailleurs dans les collines, une partie des jeunes part travailler à l’étranger ou s’engage dans l’armée, et les pensions des anciens soldats ont longtemps compté dans l’économie des villages. Pour le voyageur, cela se traduit souvent par un accueil curieux et chaleureux, et parfois par quelques mots d’anglais appris loin du village.
| Période | Intérêt | À savoir |
|---|---|---|
| Mi-janvier | Maghe Sankranti, la grande fête magar (15 janvier en 2026 et en 2027) | Défilé à Katmandou, fêtes familiales dans les villages |
| Octobre-novembre | Ciel clair, saison des récoltes et des grandes fêtes hindoues | Meilleure période pour les collines de Palpa et les treks de l’Ouest |
| Mars-mai | Printemps, chaleur croissante en basse altitude | Bonne saison en moyenne montagne |
| Mi-juin à début octobre | Mousson (arrivée normale vers le 13 juin, retrait vers le 2 octobre) | Routes de montagne exposées aux glissements de terrain |
Les Britanniques lèvent un premier bataillon de soldats gorkhas dès 1815, pendant la guerre anglo-népalaise. Lorsque le recrutement entre dans une nouvelle phase en 1816, après le traité de Sugauli, les Magar figurent parmi les premières recrues, avec les Gurung et les Khas-Chhetri de l’Ouest. Classés parmi les « races martiales » par les officiers britanniques, ils ont fourni des générations de soldats aux régiments gurkhas, et leurs pensions ont façonné l’économie de nombreux villages. L’histoire est racontée sur notre page les Gurkhas, soldats d’élite.
Les Magar vivent largement en dehors des grands circuits, ce qui rend la rencontre d’autant plus authentique :
Le pays magar se prête bien à une étape entre deux grands sites. Sur la route qui relie Pokhara à Lumbini, la ville de Tansen permet de couper le trajet et de passer une ou deux nuits dans les collines de Palpa, loin de l’agitation touristique ; notre page route de Pokhara à Lumbini détaille ce trajet. Quelques conseils pour en profiter :
Les Magar sont aussi très présents à Katmandou, où leurs associations organisent chaque année le défilé de Maghe Sankranti : si votre voyage est court, c’est la manière la plus simple de voir leurs costumes, leurs danses et leurs tambours.
Comme partout au Népal, demandez avant de photographier, déchaussez-vous à l’entrée des maisons et payez le juste prix de l’hébergement. Les règles de savoir-vivre sont détaillées dans notre guide des coutumes du Népal, et tous nos dossiers sur la page pilier voyage au Népal.
Le recensement de 2021 compte 2 013 498 Magar, soit 6,90 % de la population : le plus grand peuple autochtone du Népal.
Surtout dans les collines de l’Ouest et du centre : Palpa, Tanahun, Syangja, Myagdi, Pyuthan, Rolpa, Rukum et Salyan, ainsi que dans l’Est et à Katmandou.
Trois langues tibéto-birmanes : le magar dhut, le magar kham, qui ne sont pas mutuellement intelligibles, et le kaike, parlé dans le Dolpa. Beaucoup de Magar parlent aujourd’hui surtout le népali.
Maghe Sankranti, le 1er du mois de Magh : le 15 janvier en 2026 comme en 2027, jour férié national. Les frères y honorent leurs sœurs par la tika, des cadeaux et de l’argent.
Beaucoup de Magar ont servi dans les régiments gurkhas : ils figurent parmi les premières recrues britanniques, avec les Gurung, dès les débuts du recrutement au Népal en 1815-1816.
Dans les villages autour de Tansen (Palpa), dans la vallée de la Myagdi, ou lors d’un séjour chez l’habitant dans un village magar comme Namje (Dhankuta).
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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