Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Sankhu est l’une des villes newars les plus anciennes et les moins visitées de la vallée de Katmandou. Blottie dans l’angle nord-est de la vallée, sur l’ancienne route commerciale du Tibet, elle garde ses ruelles pavées, ses places à temples et, sur la colline boisée qui la domine, l’un des grands sanctuaires tantriques du pays : le temple de Vajrayogini. Durement frappée par le séisme de 2015, la ville s’est reconstruite à sa manière, entre fidélité à la tradition et béton. Voici ce qu’il faut savoir pour y aller, quoi voir, quand venir et à quoi vous attendre sur place. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Sankhu, appelée Sakwa en newari, fait aujourd’hui partie de la municipalité de Shankharapur, dans le district de Katmandou. L’UNESCO la décrit comme un établissement de l’époque licchavi (IIe-IXe siècle), installé sur l’ancienne route commerciale du Tibet, qui conserve son caractère médiéval : rues étroites, places publiques ponctuées de temples à étages et maisons de repos pour les voyageurs. La plus ancienne inscription retrouvée à Sankhu date de 538, rapporte le magazine Nepal Traveller (juillet 2026), et une légende veut que la ville ait été bâtie en forme de conque (shankha) sur les instructions de la déesse Vajrayogini, d’où son nom.
Les distances varient selon le point de départ : le Kathmandu Post situe Sankhu à 15 km de Katmandou, Nepal Traveller à 17 km, voire jusqu’à 20 km au nord-est du centre. Le temple et l’ancien établissement figurent depuis le 30 janvier 2008 sur la liste indicative du Népal pour le patrimoine mondial, comme extension possible du site de la vallée de Katmandou.
| Repère | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Situation | Angle nord-est de la vallée, municipalité de Shankharapur (district de Katmandou) |
| Distance | 15 à 20 km du centre de Katmandou selon les sources |
| Histoire | Établissement de l’époque licchavi, plus ancienne inscription datée de 538 |
| Temple principal | Vajrayogini, à 1,5 km au nord du bourg ; complexe du milieu du XVIIe siècle |
| Statut | Liste indicative de l’UNESCO depuis le 30 janvier 2008 |
| Durée de visite | Une demi-journée ; une journée avec une randonnée |
Le complexe de Vajrayogini se dresse à flanc de colline, à 1,5 km au nord de Sankhu ; l’UNESCO le date du milieu du XVIIe siècle. Le temple principal, une pagode à trois toits dont la forme actuelle est généralement rattachée à une reconstruction sous le roi Pratap Malla (Nepal Traveller), est dédié à Vajrayogini, déesse tantrique vénérée à la fois par les bouddhistes et par les hindous. Il est entouré de nombreux monuments et sculptures. C’est l’un des grands sanctuaires de Vajrayogini de la vallée, comme celui de Pharping, au sud.
Selon le site spécialisé Nekhor, l’image principale représente Ugra Tara, une forme de la déesse qui tient une épée, d’où son autre nom de Khadga Yogini ; la tradition la dit apportée du Bengale au XIVe siècle. Elle est encadrée de deux divinités à tête de tigre et à tête de lion. Autour du sanctuaire, plusieurs grottes, où certains des 84 mahasiddhas, les grands maîtres tantriques indiens, auraient médité, et une petite chapelle abritant un stupa de pierre considéré comme apparu de lui-même attirent pèlerins et méditants. Pour comprendre la place des sanctuaires tantriques dans le bouddhisme himalayen, lisez notre page sur le bouddhisme.
Depuis le bourg, on rejoint le sanctuaire à pied par un très long escalier de pierre qui grimpe dans la forêt. Le guide Lonely Planet compte une quarantaine de minutes de montée depuis la gare routière ; des fontaines jalonnent le chemin, et un abri orné de sculptures de Kali et de Ganesh marque la mi-parcours. La montée est longue : partez tôt, avant la chaleur, et gardez de l’eau.
Le séisme du 25 avril 2015 a frappé Sankhu de plein fouet. Selon le Nepali Times (mars 2019), il y a fait 98 morts, dont 72 femmes, et détruit plus de 6 000 monuments et maisons de brique et de terre, dont 24 temples et monuments. Les maisons traditionnelles, en bois, brique et terre, se sont effondrées, alors que la plupart des bâtiments en ciment ont tenu : beaucoup d’habitants ont donc reconstruit en béton. Pour le contexte national, voyez notre page sur le séisme de 2015 au Népal.
La reconstruction a d’abord été lente : avant les élections locales de 2017, seules 10 % des maisons étaient rebâties. Elle s’est accélérée avec le nouveau conseil municipal de Shankharapur, et début 2019 plus de la moitié des bâtiments étaient restaurés. Pour préserver le caractère newar de la ville, la municipalité exonérait alors de taxes foncières les habitants qui reconstruisaient dans le style d’origine et versait 100 000 roupies aux familles qui utilisaient les matériaux traditionnels. Mais le cœur historique compte désormais de nombreux bâtiments en béton, au point qu’un membre du comité de reconstruction de Sankhu jugeait difficile de continuer à parler de ville patrimoniale.
Les monuments relèvent du Département de l’archéologie. En septembre 2018, celui-ci recensait dix monuments majeurs endommagés à Sankhu, dont le temple de Vajrayogini : trois seulement étaient reconstruits, et les sept autres, dont Vajrayogini, devaient l’être dans le cadre d’un plan pluriannuel, selon une dépêche d’agence publiée par Ratopati. Nous n’avons trouvé aucune source récente confirmant l’achèvement de la restauration du temple au 14 octobre 2026 : certaines parties peuvent être en travaux ou étayées, renseignez-vous sur place sur ce qui est accessible.
Le plaisir de Sankhu tient à la flânerie. Ruelles pavées de pierre, temples à étages sur les places et pati, ces maisons de repos où s’arrêtaient marchands et pèlerins sur la route du Tibet, dessinent encore la trame de la ville, souligne Nepal Traveller. Quatre de ses quartiers, Sun Tole, Dhunla Tole, Chalakhu Tole et Inla Tole, accueillent à tour de rôle les divinités pendant la grande fête de printemps, selon The Rising Nepal.
Sankhu avait huit portes ; cinq subsistent, chacune avec son usage rituel : l’une accueille les jeunes mariées, une autre voit passer les processions de la déesse, une autre encore les cortèges funéraires. Au bord de la Salinadi, la rivière de la ville, le temple de Madhav Narayan est le cœur du grand jeûne d’hiver. Entre ces lieux, prenez le temps d’observer la ville d’après le séisme : maisons de brique reconstruites à l’ancienne voisinant avec des immeubles de béton. C’est une ville vivante, pas un musée.
| Fête | Quand | Ce que vous verrez |
|---|---|---|
| Bajrayogini Jatra | À partir de la pleine lune de Chaitra (mars-avril), pendant huit jours ; la date de 2027 relève de l’année népalaise 2084, dont le calendrier n’est pas encore publié | L’idole dorée de la déesse descend de la colline de Manichud vers la ville ; procession principale le quatrième jour |
| Swasthani et Madhav Narayan Brata | De la pleine lune de Poush à celle de Magh : du 22 janvier au 20 février 2027 selon le calendrier Hamro Patro | Jeûne d’un mois, bains rituels et récitation de l’histoire de Swasthani sur les rives de la Salinadi |
La Bajrayogini Jatra, que le quotidien The Rising Nepal présente comme la plus ancienne fête de Sankhu, commence par la descente de l’idole dorée de la déesse, portée en palanquin depuis son temple de la colline de Manichud, avec deux petites divinités à face de lion et de tigre et un ancien chaitya sur un char de bois. Les palanquins restent quatre jours dans une maison désignée, dans l’un des quatre quartiers de la ville à tour de rôle, où seuls les officiants peuvent entrer. Le quatrième jour, jour principal, ils sont promenés à travers la ville devant des fidèles venus jusque de Bhaktapur et de Lalitpur ; le cinquième, les idoles sont exposées à la dévotion de tous. L’idole promenée est une réplique de la statue originale, restée au temple, et la communauté tamang participe directement à l’organisation de la fête aux côtés des Newars.
En plein hiver, la Salinadi accueille le grand jeûne de Swasthani et de Madhav Narayan. Selon le Kathmandu Post, il commence à la pleine lune de Poush et s’achève à la pleine lune suivante ; les fidèles qui jeûnent ne prennent qu’un repas par jour et récitent l’histoire de la déesse Swasthani en milieu d’après-midi, et beaucoup campent sur les rives pendant tout le mois. Le jeûne s’accompagne de bains rituels dans la rivière, où la déesse Parvati se serait elle-même baignée pendant son mois de méditation, selon la tradition locale. Pour situer ces mois lunaires dans votre agenda, consultez notre page sur le calendrier népalais.
Sankhu se rejoint en moins d’une heure depuis Boudhanath par Jorpati, en véhicule privé ou en transport local, selon Nepal Traveller ; depuis la grande route de Boudha, le site Nekhor compte une quarantaine de minutes de trajet par Jorpati. Des bus locaux desservent aussi Sankhu depuis Katmandou, mais le taxi reste le plus simple pour une première visite.
| Depuis | Moyen | À savoir |
|---|---|---|
| Boudhanath | Taxi ou transport local par Jorpati | Moins d’une heure selon Nepal Traveller ; idéal pour combiner les deux visites |
| Centre de Katmandou | Taxi ou bus local | Évitez les heures de pointe ; négociez le taxi à l’avance, aller-retour avec attente si besoin |
| Nagarkot | À pied, par les collines | Longue marche où les sentiers se croisent : guide local recommandé |
Sur place, tout se fait à pied : la vieille ville est compacte, et le temple se rejoint par l’escalier de pierre au nord du bourg.
Sankhu est un point de départ classique pour gagner Nagarkot à pied par les collines. La marche est longue et vallonnée : elle occupe une bonne partie de la journée, et les sentiers se croisent souvent dans les collines, d’où l’intérêt d’un guide local ou, à défaut, d’une carte hors ligne sur votre téléphone. À Nagarkot, vous retrouverez le panorama himalayen et les chemins de crête vers Changu Narayan, considéré comme le plus ancien temple de la vallée. Les amateurs de marche peuvent aussi préférer la randonnée de crête de Chisapani à Nagarkot, sur le pourtour nord-est de la vallée.
Pour l’ensemble des règles de conduite, consultez notre page sur les usages et l’étiquette au Népal.
Sankhu se combine naturellement avec Boudhanath, sur la route, et avec Nagarkot si vous dormez sur la crête pour le lever du soleil. C’est une excellente demi-journée pour qui veut voir une ville newar authentique, loin de la foule des grandes places royales, et un sanctuaire tantrique encore fréquenté par ses fidèles. Pour situer Sankhu parmi les autres sites, consultez notre page sur la vallée de Katmandou, et pour préparer l’ensemble de votre séjour, notre page pilier voyage au Népal.
Sankhu est une ancienne ville newar de l’angle nord-est de la vallée de Katmandou, dans la municipalité de Shankharapur, à 15 à 20 km du centre de Katmandou selon les sources.
Endommagé en 2015, il figurait encore en 2018 parmi les sept monuments de Sankhu que le Département de l’archéologie devait reconstruire. Nous n’avons trouvé aucune source récente confirmant la fin des travaux au 14 octobre 2026 : renseignez-vous sur place.
Par Boudhanath et Jorpati, en taxi ou en transport local : moins d’une heure depuis Boudhanath selon Nepal Traveller. Le temple se trouve ensuite à 1,5 km au nord du bourg, par un long escalier de pierre.
Elle commence à la pleine lune du mois de Chaitra (mars-avril) et dure huit jours ; la procession principale a lieu le quatrième jour. La date de 2027 relève de l’année népalaise 2084, dont le calendrier n’est pas encore publié.
C’est un jeûne d’un mois en l’honneur de Swasthani et de Madhav Narayan, de la pleine lune de Poush à celle de Magh, sur les rives de la Salinadi à Sankhu. En 2027, il a lieu du 22 janvier au 20 février.
Oui, des sentiers relient Sankhu à Nagarkot par les collines. La marche occupe une bonne partie de la journée et les chemins se croisent souvent : partez tôt et, idéalement, avec un guide local.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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