Raksi, tongba et chhang : les alcools traditionnels du Népal

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le raksi est l’eau-de-vie artisanale du Népal, distillée à partir de céréales fermentées ; l’aila en est la version newar, servie en petits bols de terre.
  • Le tongba, boisson des Limbu de l’est, se boit chaud à la paille de bambou sur du millet fermenté qu’on arrose d’eau bouillante.
  • Le chhang (chhyang) est une bière de riz ou de millet, laiteuse, aigre-douce, servie dans un bol en laiton.
  • Risque réel : l’alcool distillé clandestinement peut contenir du méthanol ; en 2020, 29 personnes sont mortes d’intoxication à Mahottari et Dhanusa après avoir bu un alcool local.
  • En altitude, le CDC conseille d’éviter l’alcool les 48 premières heures et de ne jamais s’en servir pour dormir.

Le raksi, le tongba et le chhang font partie de la vie sociale de nombreux peuples du Népal : on les sert lors des fêtes, des mariages, des rituels et des soirées entre amis. Goûter ces alcools traditionnels est une belle manière d’entrer dans la culture newar, limbu, sherpa ou tamang. Encore faut-il savoir ce que l’on boit, où le boire, et comment éviter l’alcool frelaté, qui a déjà fait des dizaines de morts au Népal. Voici le guide pratique du voyageur. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Les alcools traditionnels en un coup d’œil

BoissonTypeFabricationComment on la sert
RaksiEau-de-vieDistillation de céréales fermentées (millet, riz)En petits verres, souvent lors des fêtes
AilaEau-de-vie newarMillet fermenté puis distilléVersée d’une aiguière en laiton (antee) dans un petit bol de terre
Chhang (chhyang)Bière de céréalesRiz le plus souvent, ou millet, maïsDans un bol en laiton, parfois chaude
TongbaMillet fermenté infuséMillet cuit et fermenté avec un levainDans un récipient en bois, à la paille de bambou, avec de l’eau chaude

Le raksi et l’aila, les eaux-de-vie

Le raksi est l’alcool distillé du Népal, fabriqué dans les villages à partir de céréales fermentées, le plus souvent du millet ou du riz, dans un alambic rudimentaire. Il est transparent, fort, et sa saveur varie beaucoup d’une maison à l’autre. Selon Nepal Traveller (juin 2026), il titre de 30 à 50 % d’alcool, l’aila de 25 à 40 %, alors que le tongba n’en contient qu’environ 3 à 5 % : de quoi doser sa dégustation. On le sert volontiers pendant les fêtes comme Dashain et Tihar, et dans les quartiers newar de la vallée de Katmandou.

L’aila en est une version propre à la culture newar. Le Kathmandu Post la décrit comme un alcool de millet distillé, servi dans un petit bol de terre cuite et versé d’une aiguière en laiton appelée antee, d’un geste élégant qui fait partie du plaisir. Son odeur puissante annonce une teneur en alcool élevée ; elle se boit en petites tournées. C’est dans les restaurants de cuisine newar, avec un samay baji ou des choyla, que vous la croiserez le plus souvent : voyez notre page cuisine newar.

Le tongba, la boisson chaude des Limbu

Le tongba vient de l’est du Népal, où il est la boisson traditionnelle des Limbu. Selon le Kathmandu Post, le millet entier est cuit puis fermenté avec un levain traditionnel (khesung), qui apporte moisissures, bactéries et levures ; la fermentation dure traditionnellement environ six mois. Le mot tongba désigne aussi le récipient dans lequel on le sert.

La manière de boire est unique :

  1. on remplit le récipient de millet fermenté ;
  2. on y verse de l’eau bouillante et on laisse infuser environ une minute ;
  3. on aspire par une paille de bambou fermée au bout et percée sur le côté, qui fait office de filtre ;
  4. quand le liquide arrive au fond, on rajoute de l’eau chaude, jusqu’à ce que le goût s’affadisse.

Boisson chaude et conviviale, le tongba se partage dans les soirées fraîches des collines. Pour découvrir la culture de l’est, lisez notre page Rai et Limbu.

Le chhang, la bière de riz

Le chhang (ou chhyang) est une bière de céréales. D’après le Kathmandu Post, il est le plus souvent fait de riz blanc, mais aussi de millet ou de maïs ; sa couleur est blanc laiteux, sa texture légèrement épaisse, son goût aigre-doux, proche d’un cidre doux. On le sert dans un bol en laiton, ou bien chaud dans un verre dans les petites tavernes locales (bhatti). Il accompagne volontiers la cuisine newar.

Dans les régions himalayennes, sherpa ou tamang, le chhang est aussi la boisson des fêtes et de l’hospitalité. Signe de son importance, l’État le taxe à part : la loi de finances 2083 (2026-2027) a fait passer le droit d’accise sur le chhang de 48 à 50 roupies par litre, selon Ratopati.

Le vrai danger : l’alcool frelaté et le méthanol

Le principal risque pour un voyageur n’est pas le tongba d’une famille limbu, mais l’alcool distillé sans contrôle et vendu en vrac. Une distillation mal maîtrisée ou un coupage frauduleux peut produire du méthanol, un alcool très toxique qui provoque cécité et décès.

  • Au printemps 2020, pendant le confinement, 13 personnes sont mortes à Mahottari puis 16 à Dhanusa, dans le sud du pays, après avoir bu un alcool local vendu par une boutique et une maison particulière, rapporte le Nepali Times. L’article signale que certains distillateurs ajoutent même de l’engrais à l’urée.
  • Une série de cas publiée en 2023 (SAGE Open Medical Case Reports) décrit quatre hommes morts en moins de 19 heures après avoir bu un alcool local dans un district de collines de la province de Gandaki. Les auteurs rappellent que ces alcools, non standardisés ni contrôlés, peuvent contenir des substances toxiques.

Pour limiter le risque :

  • ne buvez pas d’alcool distillé vendu en bouteille réutilisée, sans étiquette, dans la rue ou par un inconnu ;
  • goûtez le raksi ou l’aila dans un restaurant établi ou chez une famille qui le fabrique pour sa consommation, en petite quantité ;
  • préférez les boissons fermentées (chhang, tongba), moins dangereuses que les eaux-de-vie de provenance douteuse ;
  • consultez immédiatement en cas de troubles de la vue, de maux de tête violents, de vomissements ou d’essoufflement après avoir bu : l’intoxication au méthanol est une urgence médicale.

Alcool et trek : la règle de l’altitude

Les lodges de montagne proposent souvent raksi, chhang ou bière. Pourtant, l’alcool est un mauvais compagnon en altitude. Le CDC recommande d’éviter l’alcool pendant les 48 premières heures en haute altitude et de ne jamais l’utiliser pour s’endormir, car il déprime la respiration pendant le sommeil. Il masque aussi les premiers signes du mal aigu des montagnes et accentue la déshydratation. Gardez la dégustation pour la descente ou pour les villages de basse altitude. Les signes d’alerte sont détaillés sur notre page mal des montagnes et notre guide acclimatation en altitude.

Règles et usages : ce qu’il faut savoir

  • Licence : la vente d’alcool est soumise à licence depuis la loi sur l’alcool de 1975, rappelle le Nepali Times ; l’alcool vendu en vrac hors de tout cadre échappe à tout contrôle.
  • Mineurs : la politique nationale de 2017 interdit la vente d’alcool aux moins de 21 ans et aux femmes enceintes, et la restreint dans les lieux publics, près des écoles et sur les sites religieux et historiques, mais le Kathmandu Post notait en 2018 qu’elle était peu appliquée ; ne servez jamais d’alcool à un mineur.
  • Interdictions temporaires : les autorités de district peuvent suspendre la vente et la consommation d’alcool, comme l’ont fait celles de Katmandou, de Lalitpur et de Bhaktapur avant les élections locales de mai 2022 ; renseignez-vous sur place.
  • Religion : certains Népalais ne boivent pas d’alcool pour des raisons religieuses, alors que dans d’autres communautés il est offert lors des rituels et aux invités ; ne proposez pas d’alcool à quelqu’un sans savoir s’il en boit.
  • Comportement : l’ivresse sur la voie publique est mal vue, surtout près des temples et des monastères.

Pour les boissons industrielles, lisez notre page bières népalaises, et pour les sorties du soir à Katmandou, notre page vie nocturne à Thamel.

Où goûter ces alcools pendant votre voyage

  • Vallée de Katmandou : l’aila et le chhang dans les restaurants newar de Katmandou, de Patan, de Bhaktapur ou de Kirtipur, avec un plat traditionnel ; voyez notre page vallée de Katmandou.
  • Est du Népal : le tongba dans les collines d’Ilam et de Taplejung et dans les villages proches du Kanchenjunga, surtout d’octobre à février selon Nepal Traveller, ainsi que dans quelques adresses de la vallée de Katmandou qui le préparent, comme le décrit le Kathmandu Post.
  • Régions de montagne : le chhang dans les lodges et les villages sherpa, tamang et tibétains, du Solukhumbu au circuit des Annapurna, selon Nepal Traveller ; gardez-le pour la descente.
  • Chez l’habitant : en homestay, on vous proposera parfois le raksi maison ; une petite gorgée suffit pour honorer l’invitation.

Si vous voulez comprendre l’ensemble de la table népalaise, notre page cuisine népalaise présente les plats qui accompagnent ces boissons.

Les bons réflexes en résumé

  • Goûtez en petite quantité, assis, en mangeant : ces boissons sont souvent plus fortes qu’elles n’en ont l’air.
  • Ne mélangez pas alcool et longs trajets en bus sur des routes de montagne le lendemain.
  • Refusez poliment un deuxième verre en posant la main au-dessus du bol : votre hôte comprendra.
  • Gardez votre assurance voyage et le numéro de votre agence à portée de main en cas de malaise.

Ce que ça change pour votre voyage

Goûter un tongba fumant dans l’est, une aila versée de haut dans un restaurant newar ou un bol de chhang chez des Sherpas fait partie des souvenirs marquants d’un voyage au Népal. Faites-le avec curiosité et prudence : petites quantités, provenance connue, jamais d’alcool en vrac d’origine douteuse, et jamais d’alcool pendant la montée en altitude. Pour organiser votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le raksi ?

Le raksi est l’eau-de-vie traditionnelle du Népal, distillée à partir de céréales fermentées comme le millet ou le riz. On le sert en petits verres lors des fêtes et des rituels.

Comment boit-on le tongba ?

On verse de l’eau bouillante sur du millet fermenté dans un récipient en bois, on laisse infuser environ une minute et on aspire avec une paille de bambou qui filtre ; on rajoute de l’eau chaude plusieurs fois.

Quelle est la différence entre chhang et raksi ?

Le chhang est une bière de céréales (riz, millet ou maïs), fermentée et non distillée ; le raksi est une eau-de-vie obtenue par distillation, beaucoup plus forte.

Le raksi est-il dangereux ?

Le raksi d’une famille ou d’un restaurant établi se déguste sans problème en petite quantité, mais l’alcool distillé clandestinement peut contenir du méthanol : en 2020, 29 personnes sont mortes d’intoxication à Mahottari et Dhanusa après avoir bu un alcool local.

Peut-on boire de l’alcool en trek au Népal ?

Le CDC recommande d’éviter l’alcool pendant les 48 premières heures en altitude et de ne jamais l’utiliser pour dormir, car il déprime la respiration et masque le mal des montagnes.

Où goûter l’aila à Katmandou ?

Dans les restaurants de cuisine newar de la vallée de Katmandou (Katmandou, Patan, Bhaktapur, Kirtipur), où elle est servie dans un petit bol de terre avec des plats traditionnels.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées