Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les Rai et Limbu sont les peuples des collines de l’Est du Népal, entre l’Arun, le Tamor et la frontière du Sikkim. Héritiers des Kirat, ils ont leurs propres langues, leur religion fondée sur un corpus oral, le Mundhum, et des fêtes saisonnières dansées en cercle au son des tambours. Rares sont les voyageurs qui vont dans l’Est ; c’est pourtant là que passent les treks du Kanchenjunga et du Makalu, et que s’étendent les jardins de thé d’Ilam. Voici ce qu’il faut savoir pour comprendre ces peuples et les rencontrer en voyage. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
« Kirat » est un nom collectif qui regroupe plusieurs peuples de l’Est : les Rai, les Limbu (qui se nomment Yakthung), les Yakkha et les Sunuwar. Au recensement de 2021, on compte 640 674 Rai, soit 2,20 % de la population, et 414 704 Limbu, soit 1,42 %. La religion kirat est déclarée par 924 204 personnes, soit 3,17 % des Népalais.
Il faut noter une nuance : « Kirat » désigne l’ensemble, tandis que « Rai » est un nom de famille commun à de nombreux sous-groupes. Pour un panorama de tous les peuples du pays, voyez notre page ethnies du Népal.
Les deux peuples occupent les collines de l’Est, dans l’actuelle province de Koshi :
| Rai | Limbu | |
|---|---|---|
| Population (recensement 2021) | 640 674 (2,20 %) | 414 704 (1,42 %) |
| Territoire historique | Collines de l’Est : Bhojpur, Khotang, Dhankuta | Le Limbuwan, dans l’extrême Est du pays |
| Langues | Plusieurs langues kiranti (bantawa, chamling, etc.) | Le limbu (yakthungpan), écrit en alphabet sirijanga |
| Fête d’automne | Udhauli, ou Sakela | Chasok Tangnam |
| Où les rencontrer | Collines de Bhojpur, trek du Makalu | Taplejung, Panchthar, Ilam, trek du Kanchenjunga |
Selon la tradition, un accord conclu vers 1774 avec le royaume de Gorkha garantissait aux Limbu l’autonomie de leurs terres, sous le régime foncier dit kipat. De nombreux Rai et Limbu vivent aussi à Dharan, à Katmandou, dans le Sikkim et à Darjeeling, en Inde.
Les Rai parlent plusieurs langues de la branche kiranti, dans la famille tibéto-birmane : il existe de nombreux sous-groupes rai et autant de langues distinctes. Le bantawa, la langue la plus parlée chez les Rai, et le chamling sont parmi les plus répandues. Le bantawa s’écrit en devanagari ou dans l’écriture kirat rai ; beaucoup de locuteurs passent au népali, et l’UNESCO le classe parmi les langues « vulnérables ».
La langue limbu, le yakthungpan, compte quatre dialectes principaux et possède son propre alphabet, le sirijanga, attribué selon la tradition au roi Sirijunga et relancé au XVIIIe siècle par Te-ongsi Sirijunga. En 2021, la Commission des langues du Népal a recommandé le maithili et le limbu comme langues officielles de la province de Koshi. Début octobre 2026, l’Assemblée provinciale est allée plus loin en adoptant à l’unanimité une loi qui reconnaît, à côté du népali, treize langues officielles dans la province, dont le limbu, le bantawa et le chamling ; selon Ratopati, le 10 octobre 2026, le texte devait encore être authentifié par le chef de la province avant d’entrer en vigueur. En Inde, l’État du Sikkim a reconnu le limbu comme langue officielle additionnelle.
Le Mundhum est le corpus sacré des Kirat, transmis oralement par les prêtres, dans une langue rituelle très différente de la langue courante. Il raconte la création du monde, l’origine des clans et fixe les rites de la naissance, du mariage et de la mort. La religion kirat est centrée sur les ancêtres et la nature ; chez les Limbu, la déesse Yuma Sammang occupe une place majeure. Prêtres et chamans conduisent les rituels. Notre page sur le chamanisme au Népal présente ces figures.
Dans la vallée de Katmandou, le Manghim (maison de culte kirat) de Sano Hattiban, à Lalitpur, abrite quatre sanctuaires, pour les Yakkha, les Sunuwar, les Rai et les Limbu. C’est là que la communauté kirat de la vallée se rassemble pour les grandes fêtes : un bon point de départ si votre voyage ne vous mène pas dans l’Est. Les chercheurs soulignent que les fêtes kirat, autrefois célébrées surtout dans les maisons et les villages, sont devenues de grandes célébrations publiques, au Népal comme dans la diaspora, et qu’elles jouent aujourd’hui un rôle central dans l’affirmation de l’identité kirat.
L’année kirat suit les migrations saisonnières entre les basses terres et les hauteurs :
La danse Sakela, en cercle, donne son nom à la fête chez les Rai. Chez les Limbu, chasok désigne l’offrande des premières récoltes, présentée aux divinités et aux ancêtres ; on danse le kelang au son du chyabrung, tambour de bois. Les participants portent des vêtements tissés en dhaka aux motifs géométriques et des bijoux traditionnels. Les dates suivent le calendrier lunaire : celles de 2026 figurent dans la liste officielle des jours fériés publiée par le ministère de l’Intérieur ; celle d’Ubhauli 2027, postérieure au 13 avril 2027, n’était pas encore publiée au 14 octobre 2026.
La cuisine kirat est riche en porc, en préparations fermentées et en boissons de millet. Le tongba, millet fermenté servi dans un récipient où l’on verse de l’eau chaude et que l’on boit avec une paille, est la boisson emblématique de l’Est ; notre page sur les alcools traditionnels la décrit. Le tissu dhaka est l’artisanat le plus reconnaissable de la région.
Le recrutement britannique de soldats népalais, commencé en 1816 avec les Gurung, les Magar et les Khas-Chhetri de l’Ouest, s’est ensuite étendu aux Rai et aux Limbu de l’Est, recrutés notamment par la région de Darjeeling. Ces quatre peuples ont longtemps été privilégiés comme « races martiales » par les officiers britanniques. L’histoire complète est sur notre page les Gurkhas.
| Période | Fêtes kirat | Pour le voyageur |
|---|---|---|
| Avril-mai | Ubhauli, à la pleine lune de Baisakh (1er mai en 2026) | Printemps, rhododendrons en montagne ; chaleur dans les basses terres |
| Mi-juin à début octobre | — | Mousson (arrivée normale vers le 13 juin, retrait vers le 2 octobre) : routes coupées, sentiers glissants |
| Octobre-novembre | Préparatifs des récoltes | Meilleure saison pour les treks du Kanchenjunga et du Makalu |
| Novembre-décembre | Udhauli et Chasok Tangnam, à la pleine lune de Mangsir (24 décembre en 2026) | Ciel souvent clair, nuits froides en altitude |
L’Est est loin de Katmandou : la plupart des voyageurs gagnent d’abord la plaine, autour de Biratnagar, en avion ou par la route, puis remontent vers les collines. Comptez de longues journées de transport et prévoyez de la marge dans votre itinéraire, car les routes de montagne sont lentes et sensibles aux intempéries.
L’Est du Népal reste peu visité, ce qui en fait une destination idéale pour sortir des sentiers battus :
Si vous êtes à Katmandou à la pleine lune de Mangsir (le 24 décembre en 2026), la fête d’Udhauli à Sano Hattiban permet de voir danses, costumes et cuisine kirat en une journée. Comme partout, demandez avant de photographier une cérémonie, et suivez les règles de notre guide des coutumes du Népal. Tous nos dossiers sont réunis sur la page pilier voyage au Népal.
Ce sont les deux principaux peuples kirat de l’Est du Népal. Le recensement de 2021 compte 640 674 Rai (2,20 %) et 414 704 Limbu (1,42 %).
Une religion fondée sur le Mundhum, corpus sacré transmis oralement, centrée sur les ancêtres et la nature. Elle est déclarée par 3,17 % des Népalais au recensement de 2021.
Le limbu, ou yakthungpan, qui a son propre alphabet, le sirijanga. Début octobre 2026, l’Assemblée de la province de Koshi a adopté une loi qui en fait l’une de ses langues officielles, avec douze autres langues à côté du népali.
C’est le nom rai de la fête kirat célébrée au printemps (Ubhauli, pleine lune de Baisakh) et au début de l’hiver (Udhauli, pleine lune de Mangsir), avec la danse Sakela en cercle.
À la pleine lune du mois lunaire de Mangsir, entre fin novembre et fin décembre : le 4 décembre en 2025 et le 24 décembre en 2026, jour férié national selon la liste officielle.
Sur les treks du Kanchenjunga (villages limbu) et du Makalu (villages rai), ou dans les villes de l’Est comme Dhankuta, Ilam et Dharan.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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