Le thé népalais : du chiya des rues aux jardins de thé d’Ilam

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le chiya, thé noir bouilli avec du lait, du sucre et parfois des épices, est la boisson nationale officieuse du Népal.
  • « Chiya khane ? » (« On prend un thé ? ») est l’invitation la plus courante : accepter une tasse est un geste de politesse.
  • Le thé est cultivé au Népal depuis les années 1860, à Ilam ; en 2023-2024, le pays a produit 27 millions de kilos de thé sur 20 760 hectares, selon le Conseil du thé et du café.
  • Deux familles : le CTC des plaines de Jhapa, pour le chiya, et le thé orthodoxe des collines d’Ilam, haut de gamme et surtout exporté.
  • Sans lait, demandez un kalo chiya ; en haute montagne, on vous proposera aussi le thé au beurre salé.

Le thé népalais se boit partout et à toute heure : dans les échoppes de Katmandou, dans les lodges de trek, chez l’habitant ou dans les bus qui s’arrêtent au bord de la route. Le plus souvent, c’est un chiya, thé noir bouilli avec du lait, beaucoup de sucre et parfois de la cardamome. Mais le Népal produit aussi des thés d’exception dans les collines d’Ilam, voisines de Darjeeling. Voici comment comprendre, commander, goûter et rapporter le thé népalais. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Le chiya, boisson nationale officieuse

Le Kathmandu Post qualifie le chiya de « boisson nationale officieuse » du Népal. La question « Chiya khane ? » est la phrase la plus prononcée quand un invité arrive ou que des amis se retrouvent. Le journal précise un point d’étiquette utile au voyageur : on ne refuse pas une tasse offerte, on l’accepte simplement.

La recette, telle que la décrit un vendeur de Basantapur interrogé par le Kathmandu Post, est simple : environ une part de lait pour deux parts d’eau, beaucoup de thé, beaucoup de sucre, et, en option, cardamome, cannelle et clous de girofle. Le tout bout dans une grande casserole en remuant quelques minutes. La version épicée est souvent appelée masala chiya ; certaines échoppes la servent dans des gobelets en terre cuite.

Le thé utilisé pour le chiya est en général du CTC (pour « crush, tear, curl »), un thé noir en petits granulés, corsé et malté, qui supporte bien l’ébullition avec le lait.

Les différents thés à commander

NomCe que c’estOù le trouver
Chiya (dudh chiya)Thé noir bouilli avec lait et sucrePartout : échoppes, restaurants, lodges
Masala chiyaChiya aux épices (cardamome, cannelle, girofle)Échoppes et cafés des villes
Kalo chiyaThé noir sans lait, souvent sucréSur demande, partout
Thé orthodoxe d’IlamFeuilles entières, infusées sans laitBoutiques spécialisées, région d’Ilam
Thé au beurre saléThé battu avec du beurre et du selRégions sherpa et tibétaines, monastères

Si vous ne buvez pas de lait ou si vous voulez limiter le sucre, demandez un kalo chiya et précisez « chini kam » (peu de sucre) ou « chini chhaina » (sans sucre). Les végétaliens trouveront d’autres conseils sur notre page végétarien et vegan au Népal.

Une histoire qui commence à Ilam

La culture du thé au Népal débute dans le district d’Ilam, à l’extrême est du pays. Selon The Himalayan Times, c’est Gajaraj Singh Thapa, alors administrateur du district, qui y plante les premiers théiers en 1920 du calendrier népalais (1863-1864 de notre ère), et la première usine y est construite en 1935 du calendrier népalais (1878-1879). Ilam abrite toujours la plus ancienne fabrique historique du pays.

Dans la vallée de Katmandou, le thé ne devient une boisson du quotidien que bien plus tard. Le Kathmandu Post rapporte qu’une échoppe servait déjà du thé dans les années 1940 au pied du Dharahara, que les anciens de la vallée attribuent souvent cette habitude aux soldats revenus de la Seconde Guerre mondiale, et que le thé ne serait devenu courant qu’après 1951, à la fin du régime des Rana. Avant cela, beaucoup de familles buvaient surtout du lait le matin ; le chiya s’est ensuite imposé comme le liant de la vie sociale.

CTC de Jhapa et thé orthodoxe d’Ilam

Selon le National Tea and Coffee Development Board, cité par Onlinekhabar en avril 2025, le Népal a produit 27 millions de kilos de thé transformé au cours de l’exercice 2023-2024, sur 20 760 hectares, avec 171 domaines et 15 203 producteurs, et en a exporté 16,5 millions de kilos. Deux types dominent, d’après une analyse du Nepal Economic Forum (2024) fondée sur les données du même Conseil :

  • Le CTC, cultivé surtout dans les plaines du district de Jhapa, est majoritaire (environ 18 000 tonnes par an) et alimente principalement le marché intérieur, donc le chiya.
  • Le thé orthodoxe, à feuilles entières, est produit dans les collines d’Ilam, de Panchthar, de Dhankuta, de Morang et d’autres districts de l’est. Plus rare (environ 6 500 tonnes), il est surtout exporté.

L’Inde reçoit plus de 95 % des exportations de thé népalais, selon le Nepal Economic Forum. Pendant longtemps, le thé orthodoxe népalais était d’ailleurs vendu sous le logo de Darjeeling. Pour s’en démarquer, le Népal a créé une marque collective, « Nepali Tea – Quality from the Himalaya », dont le cahier des charges exige un thé entièrement biologique, d’après The Himalayan Times.

Le chiya pasal : où et comment boire le thé

Le chiya pasal, petite échoppe à thé, est une institution. On s’y assoit sur un banc, on y lit le journal, on y discute. Le Kathmandu Post décrit une échoppe de Basantapur où un client se présente toutes les dix secondes, et une autre dont l’heure de pointe se situe entre 16 h et 18 h, à la sortie du travail. Pour le voyageur, quelques repères :

  • Hygiène : le chiya est bouilli, donc sûr en principe ; méfiez-vous plutôt des verres rincés à l’eau froide. Les grands stands très fréquentés sont les plus sûrs.
  • Prix : le chiya fait partie des boissons les moins chères du pays ; il coûte nettement plus en altitude, où tout est porté. Voyez notre page prix courants au Népal.
  • Accompagnement : le thé se boit souvent avec des biscuits, des samosas ou des douceurs ; le matin, avec du sel roti, que présente notre page sel roti et desserts népalais.
  • Politesse : chez l’habitant, acceptez la tasse et recevez-la de la main droite ; les règles sont détaillées sur notre page coutumes et étiquette.

Le thé en trek et en haute montagne

Dans les lodges, le thé est servi au litre ou à la tasse : thé au lait, thé noir, thé au citron, thé au gingembre. Boire chaud et souvent aide à rester hydraté, mais le thé contient de la caféine, qui ne remplace pas l’eau. Votre eau doit être traitée ou bouillie, comme expliqué sur notre page eau potable au Népal.

Dans les régions sherpa et tibétaines, vous goûterez peut-être le thé au beurre salé, appelé su chya chez les Sherpas. Il est préparé avec du thé, du beurre et du sel battus ensemble ; le beurre de yak est de plus en plus remplacé par du beurre de vache. Son goût surprend, presque celui d’un bouillon. Dans la tradition tibétaine, l’hôte remplit de nouveau le bol après chaque gorgée : si vous n’en voulez plus, laissez-le plein jusqu’au départ. Pour la vie dans ces villages, voyez notre page les Sherpas et notre guide manger en trek.

Visiter les jardins de thé d’Ilam

Pour voir le thé à la source, il faut aller dans l’est du pays, à Ilam, où les plantations couvrent les collines face à Darjeeling. C’est une destination encore peu fréquentée par les voyageurs étrangers, idéale pour combiner promenades dans les théiers, visite d’une fabrique et découverte des villages de l’est. L’accès, la meilleure saison et ce qu’il faut voir sont détaillés sur notre page Ilam et ses jardins de thé.

Acheter et rapporter du thé népalais

Le thé est l’un des souvenirs les plus faciles à rapporter : léger, peu cher et apprécié. Quelques conseils pour bien acheter :

  • Pour le chiya à la maison, achetez du CTC en granulés et un mélange d’épices (cardamome, cannelle, girofle).
  • Pour la dégustation, préférez un thé orthodoxe d’Ilam en feuilles entières, à infuser sans lait.
  • Vérifiez l’emballage : un sachet scellé, étiqueté avec l’origine et la date, passe sans difficulté.
  • À la douane, le thé sec destiné à un usage personnel ne pose en général pas de problème, mais déclarez-le si on vous le demande ; voyez notre page douane et souvenirs.

Les erreurs à éviter

  • Refuser sèchement une tasse offerte : demandez plutôt une version qui vous convient (sans lait, peu sucrée).
  • Confondre chiya et thé de dégustation : un thé orthodoxe d’Ilam s’infuse sans lait ni ébullition prolongée, sinon il devient amer.
  • Compter le thé comme de l’eau en trek : il hydrate, mais gardez une gourde d’eau traitée à portée de main.
  • Acheter du thé en vrac sans étiquette pour l’offrir : vous ne saurez ni son origine ni sa fraîcheur.

Ce que ça change pour votre voyage

Le chiya est votre meilleure porte d’entrée dans la vie népalaise : acceptez-le quand on vous l’offre, apprenez à dire kalo chiya si vous le voulez sans lait, et profitez des pauses thé pour discuter. Si vous aimez le thé, ajoutez quelques jours à Ilam à votre itinéraire et rapportez un thé orthodoxe en feuilles. Pour préparer le reste de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le chiya népalais ?

C’est un thé noir, généralement du CTC, bouilli avec environ une part de lait pour deux parts d’eau et beaucoup de sucre, parfois parfumé à la cardamome, à la cannelle et au girofle. C’est la boisson nationale officieuse du Népal.

Comment commander un thé sans lait au Népal ?

Demandez un « kalo chiya » (thé noir). Ajoutez « chini kam » pour peu de sucre ou « chini chhaina » pour un thé sans sucre.

Où pousse le thé au Népal ?

Le thé orthodoxe pousse surtout dans les collines d’Ilam, de Panchthar et de Dhankuta, dans l’est ; le thé CTC, utilisé pour le chiya, vient surtout des plaines de Jhapa.

Depuis quand cultive-t-on le thé au Népal ?

Depuis les années 1860 : selon The Himalayan Times, les premiers théiers ont été plantés à Ilam en 1920 du calendrier népalais (1863-1864), et la première usine y a été construite en 1935 (1878-1879).

Peut-on refuser un thé offert au Népal ?

Il est d’usage d’accepter la tasse offerte, signe d’hospitalité. Si vous ne buvez pas de lait, demandez poliment un thé noir.

Quel thé népalais rapporter en souvenir ?

Un thé orthodoxe d’Ilam en feuilles entières pour la dégustation, ou du CTC et des épices pour refaire le chiya chez vous ; choisissez des sachets scellés et étiquetés.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées