Glaciers du Népal et changement climatique : ce que le voyageur doit savoir

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Les glaciers de l’Hindou Kouch-Himalaya, dont font partie ceux du Népal, ont disparu 65 % plus vite dans les années 2010 que lors de la décennie précédente, selon l’ICIMOD.
  • Projections de l’ICIMOD : un tiers des glaciers de la région fondra d’ici 2100 même si le réchauffement est limité à 1,5 °C, deux tiers dans un scénario d’émissions élevées.
  • Pour le trekkeur, le danger concret vient des lacs glaciaires, des crues et des avalanches : Thame (16 août 2024), Rasuwa (8 juillet 2025 et 26 août 2026), Himlung (27 septembre 2026).
  • On approche les glaciers sur les grands treks : Khumbu (camp de base de l’Everest, 5 364 m), Gokyo, Imja, Rolwaling, Langtang.
  • Les crues glaciaires récentes ont eu lieu en été : privilégiez l’automne et le printemps, dormez à l’écart des torrents glaciaires et suivez les alertes.

Les glaciers du Népal sont l’une des grandes raisons de partir en trek : la langue de glace du Khumbu au pied de l’Everest, les lacs turquoise de Gokyo, les séracs suspendus au-dessus de la vallée du Langtang. Ils reculent pourtant de plus en plus vite, et ce recul change concrètement la façon de voyager : de nouveaux lacs se forment derrière des moraines fragiles, les crues devraient se multiplier selon l’ICIMOD et certaines vallées deviennent temporairement déconseillées. Voici ce que disent les données scientifiques, où voir les glaciers, quels risques ils posent aux voyageurs et comment préparer votre trek en conséquence. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Les glaciers du Népal reculent-ils vraiment ?

Oui, et le phénomène s’accélère. Le Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) suit les glaciers de l’Hindou Kouch-Himalaya, la grande région montagneuse qui englobe tout l’Himalaya népalais. Ses principales conclusions :

IndicateurChiffreSource
Vitesse de fonteGlaciers disparus 65 % plus vite dans les années 2010 que lors de la décennie précédenteICIMOD, rapport HI-WISE (2023)
Surface des glaciers12 % de surface en moins entre 1990 et 2020, avec des pertes particulièrement rapides dans l’est et le centre de la régionICIMOD, rapport publié en mars 2026
Réchauffement0,28 °C par décennie en moyenneICIMOD (octobre 2025)
Projection à 1,5 °CUn tiers des glaciers fondus d’ici 2100ICIMOD, évaluation de l’Hindou Kouch-Himalaya (2019)
Projection à émissions élevéesDeux tiers des glaciers fondus d’ici 2100 ; 80 % du volume actuel perdu sur la trajectoire d’émissions actuelleICIMOD (2019 et 2023)

Un responsable de l’ICIMOD résume l’enjeu : la région se réchauffe près de trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Selon l’évaluation de 2019, ces glaciers alimentent les rivières dont dépendent quelque 250 millions d’habitants des montagnes et 1,65 milliard de personnes dans les vallées en aval. Le rapport HI-WISE de 2023 prévoit aussi une baisse de la couverture neigeuse pouvant atteindre un quart, et davantage de crues et de glissements de terrain au cours des prochaines décennies.

Où voir les glaciers du Népal en trek

Les glaciers se découvrent à pied, au-dessus de 4 000 m pour la plupart. Les lieux ci-dessous sont aussi ceux où le recul glaciaire est le plus visible, et parfois le plus surveillé.

LieuTrekAltitude de référenceÀ savoir
Glacier du KhumbuCamp de base de l’Everest5 364 m (camp de base)Région classée par l’ICIMOD comme un point chaud des risques liés à la glace
Lacs de GokyoGokyoEntre 4 710 et 4 950 mLacs inscrits sur la liste de Ramsar en 2007
Imja TshoChhukung, Island Peak5 010 mL’un des lacs glaciaires qui grossissent le plus vite, abaissé en 2016
Lacs de ThameVallée de Thame, Renjo La4 900 mVidange en chaîne le 16 août 2024
Tsho RolpaRolwaling4 560 m1,6 km² ; son glacier, le Tarkading, a reculé d’environ 60 m par an entre 2009 et 2019
Vallée du LangtangKyanjin Gompa, Kyanjin Ri4 773 m (Kyanjin Ri)Avalanche géante lors du séisme de 2015 ; district de Rasuwa déconseillé en 2026

Pour préparer ces itinéraires, voyez nos pages trek du camp de base de l’Everest, lacs de Gokyo, ascension de l’Island Peak, au-dessus de l’Imja Tsho, et trek du Rolwaling et du Tsho Rolpa.

Lacs glaciaires et crues soudaines : le premier risque pour les trekkeurs

Quand un glacier recule, l’eau de fonte s’accumule souvent derrière la moraine qu’il a laissée, un barrage naturel fragile. Qu’un pan de roche ou de glace tombe dans le lac, ou que la moraine cède, et une vague chargée de boue et de blocs dévale la vallée : c’est la crue de lac glaciaire, ou GLOF. Selon l’ICIMOD, le Népal en a connu plus de 90 depuis le début des années 1920, et la région de l’Everest cinq épisodes importants en moins de 50 ans, dont celui du Dig Tsho en 1985. Une étude de l’ICIMOD de 2011 jugeait 21 lacs critiques au Népal, dont deux seulement avaient fait l’objet de travaux de prévention suffisants, rappelait le centre en 2019.

Les événements récents montrent que les vallées touristiques sont concernées :

  • Thame, 16 août 2024 : un éboulement rocheux est tombé dans un lac glaciaire à 4 900 m ; sa vidange a fait céder un second lac, libérant au total 459 000 m³ d’eau. Les débris ont été transportés jusqu’à 80 km en aval ; 25 maisons ont été détruites et 135 personnes déplacées, sans victime, notamment parce que la crue est survenue de jour.
  • Rasuwa, 8 juillet 2025 : une crue de la Lhende, à la frontière chinoise, a emporté le pont de l’Amitié (Miteri) entre le Népal et la Chine ; le Département d’hydrologie et de météorologie l’a attribuée à la vidange d’un lac glaciaire.
  • Rasuwa, 26 août 2026 : la crue de la Bhote Koshi, liée selon les premières analyses à un effondrement glaciaire, a fait plus de 1 400 morts. Le Canada déconseille depuis tout voyage non essentiel dans les districts de Rasuwa et de Nuwakot.

Des travaux réduisent le risque sur certains lacs : le niveau du Tsho Rolpa a été abaissé de 3 m en 2000, et en 2016 l’armée népalaise et le Département d’hydrologie et de météorologie ont entrepris de vidanger l’Imja Tsho pour abaisser son niveau de 3,4 m. Environ 6 000 foyers restent exposés en aval du Tsho Rolpa selon l’ICIMOD. Tout le détail est sur notre page crues de lacs glaciaires au Népal.

Avalanches et chutes de glace

Le second danger lié à la glace, ce sont les avalanches. Le 25 avril 2015, le séisme a déclenché dans la vallée du Langtang une avalanche massive de neige et de glace, accompagnée d’un violent souffle d’air : selon l’ICIMOD, huit villages ont été entièrement détruits, dont Langtang et Kyanjin, et l’ampleur de l’avalanche s’explique par l’accumulation de glace et de débris au-dessus du village, vers 4 500 m. Plus récemment, le 27 septembre 2026, une avalanche a enseveli sous plus de quatre mètres de neige le camp de base du Himlung, dans le district de Manang, tuant au moins 15 travailleurs d’expédition népalais.

Les trekkeurs ne montent pas sur les sommets, mais certains sentiers traversent des couloirs d’avalanche, surtout après de fortes chutes de neige. Écoutez votre guide, renoncez à un passage exposé après une tempête et lisez notre page avalanches au Népal.

Ce que le recul des glaciers change pour votre trek

  • Des paysages qui évoluent : les langues glaciaires s’amincissent et se couvrent de débris, tandis que certains lacs, comme le Tsho Rolpa, dont la surface a augmenté de 3,3 % entre 2010 et 2015, continuent de s’étendre.
  • Des moraines instables : les sentiers qui longent ou traversent les moraines exposent aux chutes de pierres ; passez tôt, sans vous arrêter sous les pentes raides.
  • Des torrents imprévisibles : une rivière glaciaire peut monter très vite ; ne campez jamais sur ses berges.
  • Des itinéraires qui changent : une crue ou un glissement peut fermer une vallée pour des semaines, comme dans le district de Rasuwa en 2026. Vérifiez l’état des accès juste avant de partir.
  • Une assurance indispensable : elle doit couvrir l’altitude, l’évacuation par hélicoptère et les catastrophes naturelles ; voyez notre guide assurance voyage et sauvetage en hélicoptère.

Quand partir pour limiter les risques ?

Les trois crues glaciaires récentes citées plus haut se sont produites entre juillet et août, au cœur de la saison où la fonte est la plus forte et où la mousson gorge les lacs. Selon le service météorologique népalais, la mousson s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre ; en 2025, elle a duré du 29 mai au 10 octobre. Les grandes saisons de trek, l’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars à mai), sont donc moins exposées, sans que le risque y soit nul : un éboulement ou un séisme peut déclencher une vidange à tout moment, et l’avalanche du Himlung a frappé fin septembre. Notre page mousson, glissements de terrain et inondations détaille la saison des pluies.

Nos conseils pour trekker près des glaciers

  1. Consultez les avis officiels de votre pays la veille du départ et pendant le trek, en particulier pour les districts de Rasuwa et de Nuwakot en 2026 (voir notre page parc national de Langtang).
  2. Dormez en hauteur par rapport au lit des rivières glaciaires et repérez, à chaque étape, un chemin pour monter rapidement.
  3. Réagissez vite : grondement inhabituel, eau qui change brusquement de couleur ou de niveau, sirène ou cri d’alerte des habitants ? Montez immédiatement, sans revenir chercher vos affaires.
  4. Partez avec un guide licencié, obligatoire dans les parcs nationaux et aires de conservation depuis le 1er avril 2023, sauf dans le Khumbu : il connaît les passages sensibles et suit les alertes locales.
  5. Respectez l’acclimatation : la plupart des sites glaciaires dépassent 4 500 m, et un trekkeur épuisé réagit mal face au danger. Consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ.
  6. Gardez une marge de deux ou trois jours dans votre programme pour attendre la fin d’une alerte ou d’une chute de neige.

Pour l’ensemble des règles de prudence en montagne, lisez notre page sécurité en trek dans l’Himalaya.

Voyager en limitant son empreinte

Le voyageur ne peut pas sauver les glaciers à lui seul, mais il peut éviter d’ajouter des pressions locales à des vallées déjà fragilisées : traiter son eau plutôt que d’acheter des bouteilles en plastique, redescendre ses déchets, privilégier les lodges et les guides locaux, qui font vivre les villages de montagne. Nos idées concrètes sont réunies sur notre page tourisme responsable au Népal.

Les glaciers népalais restent spectaculaires et accessibles, à condition de choisir sa saison, ses étapes et ses sources d’information avec soin. Pour préparer l’ensemble de votre voyage, partez de notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Les glaciers du Népal fondent-ils plus vite qu’avant ?

Oui. Selon l’ICIMOD, les glaciers de l’Hindou Kouch-Himalaya ont disparu 65 % plus vite dans les années 2010 que lors de la décennie précédente, et leur surface a diminué de 12 % entre 1990 et 2020.

Que deviendront les glaciers de l’Himalaya d’ici 2100 ?

L’évaluation de l’ICIMOD publiée en 2019 prévoit la fonte d’un tiers des glaciers de la région même si le réchauffement est limité à 1,5 °C, et de deux tiers dans un scénario d’émissions élevées.

Les trekkeurs sont-ils menacés par la fonte des glaciers ?

Le risque est faible mais réel : vidanges de lacs glaciaires (Thame en 2024, Rasuwa en 2025 et 2026), avalanches et chutes de pierres. Dormez à l’écart des rivières glaciaires, suivez les alertes et partez avec un guide licencié.

Où voir des glaciers au Népal ?

Sur les grands treks : glacier du Khumbu vers le camp de base de l’Everest (5 364 m), lacs de Gokyo, Imja Tsho près de l’Island Peak, Tsho Rolpa dans le Rolwaling et, une fois la situation rétablie, la vallée du Langtang.

Quelle est la meilleure saison pour un trek près des glaciers ?

L’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars à mai). Les crues glaciaires récentes ont eu lieu en juillet et en août, pendant la mousson, qui se retire normalement vers le 2 octobre.

Qu’est-ce que le Tsho Rolpa ?

Un lac glaciaire du Rolwaling, à 4 560 m, d’une surface de 1,6 km² selon l’ICIMOD. Son niveau a été abaissé de 3 m en 2000, mais il reste surveillé : environ 6 000 foyers vivent en aval.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées