Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les glaciers du Népal sont l’une des grandes raisons de partir en trek : la langue de glace du Khumbu au pied de l’Everest, les lacs turquoise de Gokyo, les séracs suspendus au-dessus de la vallée du Langtang. Ils reculent pourtant de plus en plus vite, et ce recul change concrètement la façon de voyager : de nouveaux lacs se forment derrière des moraines fragiles, les crues devraient se multiplier selon l’ICIMOD et certaines vallées deviennent temporairement déconseillées. Voici ce que disent les données scientifiques, où voir les glaciers, quels risques ils posent aux voyageurs et comment préparer votre trek en conséquence. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Oui, et le phénomène s’accélère. Le Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) suit les glaciers de l’Hindou Kouch-Himalaya, la grande région montagneuse qui englobe tout l’Himalaya népalais. Ses principales conclusions :
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Vitesse de fonte | Glaciers disparus 65 % plus vite dans les années 2010 que lors de la décennie précédente | ICIMOD, rapport HI-WISE (2023) |
| Surface des glaciers | 12 % de surface en moins entre 1990 et 2020, avec des pertes particulièrement rapides dans l’est et le centre de la région | ICIMOD, rapport publié en mars 2026 |
| Réchauffement | 0,28 °C par décennie en moyenne | ICIMOD (octobre 2025) |
| Projection à 1,5 °C | Un tiers des glaciers fondus d’ici 2100 | ICIMOD, évaluation de l’Hindou Kouch-Himalaya (2019) |
| Projection à émissions élevées | Deux tiers des glaciers fondus d’ici 2100 ; 80 % du volume actuel perdu sur la trajectoire d’émissions actuelle | ICIMOD (2019 et 2023) |
Un responsable de l’ICIMOD résume l’enjeu : la région se réchauffe près de trois fois plus vite que la moyenne mondiale. Selon l’évaluation de 2019, ces glaciers alimentent les rivières dont dépendent quelque 250 millions d’habitants des montagnes et 1,65 milliard de personnes dans les vallées en aval. Le rapport HI-WISE de 2023 prévoit aussi une baisse de la couverture neigeuse pouvant atteindre un quart, et davantage de crues et de glissements de terrain au cours des prochaines décennies.
Les glaciers se découvrent à pied, au-dessus de 4 000 m pour la plupart. Les lieux ci-dessous sont aussi ceux où le recul glaciaire est le plus visible, et parfois le plus surveillé.
| Lieu | Trek | Altitude de référence | À savoir |
|---|---|---|---|
| Glacier du Khumbu | Camp de base de l’Everest | 5 364 m (camp de base) | Région classée par l’ICIMOD comme un point chaud des risques liés à la glace |
| Lacs de Gokyo | Gokyo | Entre 4 710 et 4 950 m | Lacs inscrits sur la liste de Ramsar en 2007 |
| Imja Tsho | Chhukung, Island Peak | 5 010 m | L’un des lacs glaciaires qui grossissent le plus vite, abaissé en 2016 |
| Lacs de Thame | Vallée de Thame, Renjo La | 4 900 m | Vidange en chaîne le 16 août 2024 |
| Tsho Rolpa | Rolwaling | 4 560 m | 1,6 km² ; son glacier, le Tarkading, a reculé d’environ 60 m par an entre 2009 et 2019 |
| Vallée du Langtang | Kyanjin Gompa, Kyanjin Ri | 4 773 m (Kyanjin Ri) | Avalanche géante lors du séisme de 2015 ; district de Rasuwa déconseillé en 2026 |
Pour préparer ces itinéraires, voyez nos pages trek du camp de base de l’Everest, lacs de Gokyo, ascension de l’Island Peak, au-dessus de l’Imja Tsho, et trek du Rolwaling et du Tsho Rolpa.
Quand un glacier recule, l’eau de fonte s’accumule souvent derrière la moraine qu’il a laissée, un barrage naturel fragile. Qu’un pan de roche ou de glace tombe dans le lac, ou que la moraine cède, et une vague chargée de boue et de blocs dévale la vallée : c’est la crue de lac glaciaire, ou GLOF. Selon l’ICIMOD, le Népal en a connu plus de 90 depuis le début des années 1920, et la région de l’Everest cinq épisodes importants en moins de 50 ans, dont celui du Dig Tsho en 1985. Une étude de l’ICIMOD de 2011 jugeait 21 lacs critiques au Népal, dont deux seulement avaient fait l’objet de travaux de prévention suffisants, rappelait le centre en 2019.
Les événements récents montrent que les vallées touristiques sont concernées :
Des travaux réduisent le risque sur certains lacs : le niveau du Tsho Rolpa a été abaissé de 3 m en 2000, et en 2016 l’armée népalaise et le Département d’hydrologie et de météorologie ont entrepris de vidanger l’Imja Tsho pour abaisser son niveau de 3,4 m. Environ 6 000 foyers restent exposés en aval du Tsho Rolpa selon l’ICIMOD. Tout le détail est sur notre page crues de lacs glaciaires au Népal.
Le second danger lié à la glace, ce sont les avalanches. Le 25 avril 2015, le séisme a déclenché dans la vallée du Langtang une avalanche massive de neige et de glace, accompagnée d’un violent souffle d’air : selon l’ICIMOD, huit villages ont été entièrement détruits, dont Langtang et Kyanjin, et l’ampleur de l’avalanche s’explique par l’accumulation de glace et de débris au-dessus du village, vers 4 500 m. Plus récemment, le 27 septembre 2026, une avalanche a enseveli sous plus de quatre mètres de neige le camp de base du Himlung, dans le district de Manang, tuant au moins 15 travailleurs d’expédition népalais.
Les trekkeurs ne montent pas sur les sommets, mais certains sentiers traversent des couloirs d’avalanche, surtout après de fortes chutes de neige. Écoutez votre guide, renoncez à un passage exposé après une tempête et lisez notre page avalanches au Népal.
Les trois crues glaciaires récentes citées plus haut se sont produites entre juillet et août, au cœur de la saison où la fonte est la plus forte et où la mousson gorge les lacs. Selon le service météorologique népalais, la mousson s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre ; en 2025, elle a duré du 29 mai au 10 octobre. Les grandes saisons de trek, l’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars à mai), sont donc moins exposées, sans que le risque y soit nul : un éboulement ou un séisme peut déclencher une vidange à tout moment, et l’avalanche du Himlung a frappé fin septembre. Notre page mousson, glissements de terrain et inondations détaille la saison des pluies.
Pour l’ensemble des règles de prudence en montagne, lisez notre page sécurité en trek dans l’Himalaya.
Le voyageur ne peut pas sauver les glaciers à lui seul, mais il peut éviter d’ajouter des pressions locales à des vallées déjà fragilisées : traiter son eau plutôt que d’acheter des bouteilles en plastique, redescendre ses déchets, privilégier les lodges et les guides locaux, qui font vivre les villages de montagne. Nos idées concrètes sont réunies sur notre page tourisme responsable au Népal.
Les glaciers népalais restent spectaculaires et accessibles, à condition de choisir sa saison, ses étapes et ses sources d’information avec soin. Pour préparer l’ensemble de votre voyage, partez de notre page pilier voyage au Népal.
Oui. Selon l’ICIMOD, les glaciers de l’Hindou Kouch-Himalaya ont disparu 65 % plus vite dans les années 2010 que lors de la décennie précédente, et leur surface a diminué de 12 % entre 1990 et 2020.
L’évaluation de l’ICIMOD publiée en 2019 prévoit la fonte d’un tiers des glaciers de la région même si le réchauffement est limité à 1,5 °C, et de deux tiers dans un scénario d’émissions élevées.
Le risque est faible mais réel : vidanges de lacs glaciaires (Thame en 2024, Rasuwa en 2025 et 2026), avalanches et chutes de pierres. Dormez à l’écart des rivières glaciaires, suivez les alertes et partez avec un guide licencié.
Sur les grands treks : glacier du Khumbu vers le camp de base de l’Everest (5 364 m), lacs de Gokyo, Imja Tsho près de l’Island Peak, Tsho Rolpa dans le Rolwaling et, une fois la situation rétablie, la vallée du Langtang.
L’automne (octobre-novembre) et le printemps (mars à mai). Les crues glaciaires récentes ont eu lieu en juillet et en août, pendant la mousson, qui se retire normalement vers le 2 octobre.
Un lac glaciaire du Rolwaling, à 4 560 m, d’une surface de 1,6 km² selon l’ICIMOD. Son niveau a été abaissé de 3 m en 2000, mais il reste surveillé : environ 6 000 foyers vivent en aval.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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