Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Avant les temples et les monastères, il y avait les esprits de la forêt, des rivières et des montagnes. Au Népal, le chamanisme reste bien vivant, surtout dans les collines et les montagnes : les jhankri, chamanes au tambour, sont encore consultés pour soigner, deviner l’origine d’un malheur ou apaiser un esprit. Ces pratiques coexistent avec l’hindouisme et le bouddhisme, souvent au sein d’une même famille. Voici ce qu’il faut savoir pour comprendre ces traditions, savoir où et quand on peut les approcher, et comment le faire avec respect. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
En népali, les termes dhami et jhankri sont souvent employés ensemble, « dhami-jhankri », pour désigner des praticiens capables d’incarner des divinités ou des esprits locaux. L’anthropologue Damian Walter (SOAS, Université de Londres), dans un article de la revue Cultural Survival Quarterly écrit pendant la guerre civile, propose une distinction utile :
| Praticien | Rôle | Outils |
|---|---|---|
| Jhankri (chamane) | Soigne individus et familles, combat esprits et sorcières, voyage dans le monde des esprits | Tambour dhyangro, costume, coiffe, ceintures de clochettes |
| Dhami (oracle, médium) | Prête son corps à une divinité qui parle par sa bouche | Variables selon les lignées |
| Kul-dhami (chez les Chhetri) | Médium des divinités ancestrales d’un lignage, possédé lors des rituels du lignage, dans la maison | Aucun équipement spécial : des bouquets de feuilles (syauli) |
Selon cette étude, les chamanes peuvent être des hommes ou des femmes, et leurs rites ne sont pas réservés à une caste ou à un lignage : un jhankri tamang peut soigner un client chhetri, et inversement. Les kul-dhami, eux, sont toujours des hommes et n’officient que pour leur lignage. Pour le voyageur, retenez que le mot « jhankri » désigne une fonction, pas une ethnie.
Le chamanisme n’appartient pas à un seul groupe. On le rencontre chez les Tamang, Gurung, Magar, Rai, Limbu, Sherpa, Sunuwar et Yakkha, mais aussi chez les Chhetri et dans d’autres communautés de langue népalie. Chaque peuple a ses termes et ses rites :
Ces pratiques ont souvent absorbé des éléments du bouddhisme tibétain, du bön et de l’hindouisme : on y chante des mantras en tibétain ou dans la langue du groupe. Pour situer ces peuples, voyez nos pages peuple tamang, Rai et Limbu et ethnies du Népal.
L’instrument central du jhankri est le dhyangro, un tambour sur cadre fait d’une peau tendue sur un cercle de bois creux, garni de clochettes. Le battement continu du tambour et de longues psalmodies permettent au chamane d’entrer dans un état de réceptivité où il communique avec les esprits. Les praticiens interrogés par Damian Walter décrivent une possession qui commence par un tremblement au ventre et gagne les membres, jusqu’à ce que les paroles de l’esprit sortent par la bouche.
La vocation du chamane commence souvent par une maladie initiatique, que l’on décrit comme un enlèvement par un esprit de la forêt. Le plus connu est le ban jhankri, le « chamane de la forêt », un esprit velu qui est la divinité tutélaire la plus fréquente des chamanes. L’apprenti se forme ensuite auprès d’un maître respecté.
Dans cette vision du monde, la maladie n’est pas seulement un trouble du corps : elle est liée aux esprits, au paysage et aux relations sociales. Guérir, c’est rétablir l’harmonie entre ces mondes visible et invisible.
Le jhankri n’intervient pas seulement auprès des malades. Selon les traditions, il officie aussi lors des mariages, des funérailles et des récoltes, et certaines possessions permettent aux familles de communiquer brièvement avec leurs défunts. Dans les villages des collines, il reste une figure respectée, que l’on consulte souvent en parallèle du dispensaire ou de l’hôpital.
Ce monde change pourtant vite. Damian Walter notait que les médias népalais et le discours de développement du gouvernement caricaturaient le chamanisme comme une pratique arriérée et dépassée, au moment même où la guerre civile frappait les communautés rurales qui recourent à ces guérisseurs. Pour le voyageur, cela signifie deux choses : ces traditions ne sont pas un folklore figé, et elles méritent d’être abordées avec curiosité plutôt qu’avec condescendance.
Le moment le plus spectaculaire pour voir des jhankri est la pleine lune de Janai Purnima, en août. Ce jour-là, des chamanes de tout le pays montent au lac sacré de Gosainkunda, dans le district de Rasuwa, pour renouveler leurs pouvoirs. Le Nepali Times a décrit en 2021 des chamanes en transe dansant au son du dhyangro, des rituels d’eau versée sur les mains et la tête des fidèles, des novices « diplômés » ce jour-là et même un concours où le chamane doit jouer du tambour sans faire tomber l’œuf posé dessus. Le lac attire habituellement des dizaines de milliers de pèlerins.
| Année | Date de Janai Purnima |
|---|---|
| 2026 | Vendredi 28 août 2026 (passée) |
| 2027 | Pas encore publiée dans le calendrier officiel au 14 octobre 2026 |
Attention à la situation dans le Rasuwa. Le 26 août 2026, deux jours avant Janai Purnima, une crue soudaine et une importante coulée de boue ont frappé le Rasuwa, notamment les secteurs de Syabrubesi et de Timure, et endommagé routes et infrastructures ; selon le Kathmandu Post, la crue de la Bhote Koshi a emporté un autobus de pèlerins qui se rendaient à Gosainkunda. Au 14 octobre 2026, le Canada déconseille tout voyage non essentiel dans les districts de Rasuwa et de Nuwakot, en raison du risque de nouvelles crues soudaines et coulées de boue. Vérifiez l’état des avis et des routes avant de planifier le trek. Le parcours est décrit sur notre page trek de Gosainkunda.
Le même jour, le temple de Kumbheshwar à Patan attire la foule : selon la croyance rapportée par Onlinekhabar, Rama y aurait amené d’une flèche l’eau de Gosainkunda jusqu’au bassin du temple, où les fidèles viennent se baigner. C’est une alternative accessible pour vivre Janai Purnima sans monter en altitude (voir notre page visiter Patan).
Oui, parfois, mais il faut comprendre ce que l’on demande. Un rituel de guérison se déroule chez un malade, souvent la nuit, en présence de la famille : ce n’est pas un spectacle. Quelques règles :
Le séjour chez l’habitant dans les villages tamang, gurung ou rai reste le meilleur cadre pour comprendre ces traditions (voir notre page séjour chez l’habitant).
Pour les Népalais, consulter un jhankri et un médecin n’est pas contradictoire. Pour un voyageur, en revanche, la règle est nette : un rituel ne remplace jamais une consultation médicale. Mal des montagnes, fièvre, diarrhée sévère, morsure d’animal : consultez un professionnel de santé ou une clinique de voyage, et redescendez sans attendre en cas de symptômes d’altitude. Nos pages hôpitaux et cliniques au Népal et mal des montagnes indiquent les bons réflexes.
Le chamanisme ne se « visite » pas comme un temple ; il se découvre par la rencontre. Si le sujet vous attire, privilégiez un séjour chez l’habitant dans les collines, posez des questions à votre guide, et, si vous voyagez en août et que les avis de sécurité le permettent, renseignez-vous sur Janai Purnima à Gosainkunda ou à Kumbheshwar. Pour replacer ces traditions dans l’ensemble de la culture népalaise, voyez notre page culture du Népal et la page pilier voyage au Népal.
Le jhankri est le chamane népalais. Guérisseur et devin, il entre en transe au son de son tambour, le dhyangro, pour communiquer avec les esprits et soigner les malades.
Le dhami est surtout un oracle ou médium possédé par une divinité, tandis que le jhankri utilise son tambour et son costume pour voyager vers les esprits. Les deux termes sont souvent employés ensemble.
Notamment les Tamang (bombo), Gurung, Magar, Rai, Limbu (phedangba), Sherpa et Thakali (dhom), ainsi que des communautés chhetri, avec des rites propres à chacun.
Le grand rassemblement a lieu à Janai Purnima au lac de Gosainkunda, le 28 août en 2026. Le Canada déconseille au 14 octobre 2026 les voyages non essentiels dans le district de Rasuwa, où se trouve le lac.
Parfois, sur invitation, lors d’un séjour chez l’habitant. Restez discret, demandez avant toute photo et ne considérez jamais le rituel comme un spectacle.
Non : pour un voyageur, un rituel ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes d’altitude, il faut redescendre et consulter un professionnel de santé.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
Je découvre le voyage guidé Le guide complet du Népal