Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les peuples du Teraï forment l’un des visages les moins connus du Népal. Dans cette plaine chaude qui longe la frontière indienne vivent des peuples autochtones comme les Tharu, des communautés madhesi aux langues et aux traditions proches de celles de la plaine indienne, des musulmans et de nombreuses familles venues des collines. Comprendre qui ils sont aide à mieux voyager : choisir ses étapes, vivre une fête, se comporter avec tact. Voici les grandes communautés, leurs langues, leurs fêtes et nos conseils pour les rencontrer, sur un ton aussi neutre que possible. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Le Teraï est la bande de plaines du sud du pays : le gouvernement népalais y compte 21 districts, où le Holi est férié un jour après celui des collines. Selon Human Rights Watch, il abrite la moitié de la population du Népal. Le recensement national de 2021, publié par le Bureau national de la statistique, recense au total 29 164 578 habitants et 142 castes et groupes ethniques, dont 17 nouveaux par rapport à 2011.
Pour décrire ces communautés, Human Rights Watch, dans son rapport d’octobre 2015, distingue deux grands ensembles : les Madhesi, « un groupe divers » concentré dans l’est et le centre du Teraï, qui entretient des liens culturels et linguistiques étroits avec l’Inde, et les Tharu, un peuple autochtone particulièrement présent dans l’ouest. S’y ajoutent les musulmans, 5,09 % de la population népalaise en 2021, qui forment la deuxième communauté religieuse de la province de Madhesh, où ils sont présents depuis au moins cinq siècles, selon le Kathmandu Post, et les descendants des migrants des collines installés depuis les années 1950 :
| Communauté | Où | Repères pour le voyageur |
|---|---|---|
| Tharu | Tout le Teraï, surtout l’ouest | Maisons de terre, danse des bâtons, Maghi ; villages autour de Chitwan et de Bardia |
| Maïthili (Mithila) | Est et centre, autour de Janakpur | Art mithila, Chhath, Bibaha Panchami, cuisine sattvique |
| Autres communautés madhesi | Teraï, surtout l’est et le centre | Langues comme le bhojpuri, le bajjika ou l’awadhi selon les régions ; villes-marchés et frontières |
| Musulmans | Teraï, notamment la province de Madhesh | Mosquées et quartiers des villes de la plaine ; tenue couvrante appréciée |
| Familles venues des collines | Partout, notamment à Chitwan | Népali, cuisine des collines |
Pour une vue d’ensemble de la diversité du pays, lisez aussi notre page sur les ethnies du Népal.
Selon le recensement de 2021, les Tharu sont 1 807 124, soit 6,2 % de la population : c’est le quatrième groupe du pays, après les Chhetri, les Brahmanes des collines et les Magar. Ce sont des sociétés diverses, et le recensement de 2021 a même ajouté les Rana Tharu à la liste comme groupe distinct.
Leur histoire est liée à la forêt et au paludisme. Les Tharu n’étaient pas immunisés, explique l’historien Tom Robertson dans le Nepali Times, mais ils tombaient moins souvent et moins gravement malades que les gens des collines. Après la campagne américaine de pulvérisation d’insecticides des années 1950, Chitwan s’est ouvert aux migrants : en 1955, les Tharu et les groupes apparentés y formaient presque toute la population, soit environ 25 000 personnes ; en 1970, ils n’en représentaient plus que 14 %, après l’arrivée de 125 000 nouveaux habitants. Dans l’ouest du Teraï, le kamaiya, un système de servage pour dettes, n’a été aboli qu’en 2000 ; en juillet 2026, The Himalayan Times rapportait que d’anciens kamaiyas des districts de Dang, Banke, Bardiya, Kailali et Kanchanpur se heurtaient encore à des problèmes de titres fonciers.
Pour les rencontrer, le plus simple est de passer par Chitwan, où un musée, des spectacles de danse et des séjours chez l’habitant présentent leur culture : tout est détaillé sur notre page sur les Tharu de Chitwan. Dans l’ouest, la région du parc national de Bardia se prête à la même découverte, loin des foules.
Le maïthili est la langue maternelle de 3 222 389 personnes au recensement de 2021, soit 11,05 % de la population, ce qui en fait la deuxième langue du pays après le népali (44,86 %). Selon le Nepal Tourism Board, c’est la langue dominante de la province de Madhesh, dont la population est en majorité hindoue.
Le cœur de cette culture est Janakpur, ville natale de Sita selon le Ramayana. Le Nepal Tourism Board y signale le temple de Janaki, construit vers 1898 par la reine Brisabhanu, et plus de 200 étangs sacrés, dont Dhanush Sagar et Ganga Sagar. C’est aussi la ville de l’art mithila, traditionnellement peint par les femmes sur les murs et les sols des maisons pendant les fêtes, avec des pigments naturels comme la suie, le charbon, le curcuma, le santal ou l’indigo : voyez notre page sur l’art mithila de Janakpur. Côté table, la cuisine maïthili, avec ses repas sacrés sans oignon ni ail, est présentée sur notre page sur la cuisine du Teraï.
Le mot Madhesi désigne les habitants du Madhesh, c’est-à-dire de la plaine, et en particulier les communautés aux liens culturels et linguistiques étroits avec le nord de l’Inde. Human Rights Watch note que ces liens, comme les mariages fréquents de part et d’autre de la frontière, conduisent certains Népalais à les considérer comme « indiens ».
Ces questions ont pesé sur la vie politique récente. Lors de l’adoption de la Constitution de 2015, des manifestations contre le nouveau texte, et notamment contre le découpage des provinces, ont fait environ 45 morts, surtout dans le Teraï, en août et en septembre 2015, selon Human Rights Watch ; après l’adoption de la Constitution, le 20 septembre, un blocus de fait des principaux postes frontières avec l’Inde a entraîné de graves pénuries de carburant, de gaz de cuisine et de médicaments dans tout le pays, selon la Commission internationale de juristes. En janvier 2022, l’assemblée de l’ancienne province 2 a adopté le nom de Madhesh et choisi Janakpurdham comme capitale permanente, selon ShareSansar. Le débat n’est pas clos : en septembre 2026 encore, une tribune publiée par le Kathmandu Post décrivait le jour de la Constitution comme un « jour noir » pour une partie des Madhesi.
Ce que cela change pour vous : rien qui empêche le voyage, mais un peu de vigilance. Le gouvernement du Canada, qui recommande une grande prudence dans tout le Népal, rappelle que des manifestations politiques ont été particulièrement violentes à Katmandou et dans la région sud, près de la frontière indienne, et qu’elles ont parfois perturbé les passages de frontière. Évitez tout rassemblement, et rappelez-vous que les étrangers n’ont pas le droit de participer aux manifestations au Népal. Pour le contexte, voyez notre page sur la province de Madhesh.
| Fête | Date | Où la vivre |
|---|---|---|
| Chhath | 15 novembre 2026 (jour férié national) | Janakpur et villes du Teraï |
| Bibaha Panchami (Vivah Panchami) | 14 décembre 2026 | Janakpur, qui célèbre le mariage de Rama et de Sita |
| Maghi | 15 janvier 2027 (jour férié national) | Villages tharu |
| Holi du Teraï | 22 mars 2027 (21 districts du Teraï) | Villes et villages des plaines |
Ces dates viennent de la liste officielle des jours fériés de l’année népalaise 2083, qui couvre la période jusqu’au 13 avril 2027, et du calendrier Hamro Patro pour Bibaha Panchami, absente de la liste fédérale. Selon le Nepal Tourism Board, Chhath, dédiée au dieu Soleil, se célèbre dans une ambiance de carnaval : notre page sur Chhath, la fête du Soleil explique comment y assister.
Le Teraï se traverse souvent sans s’y arrêter, entre Katmandou, Chitwan et la frontière indienne. Prendre deux ou trois jours pour Janakpur ou pour un village tharu permet pourtant de découvrir un autre Népal, hindou et maïthili d’un côté, tharu de l’autre, et de comprendre la diversité d’un pays que l’on réduit trop souvent à ses montagnes. Le Teraï abrite aussi Lumbini, lieu de naissance du Bouddha, que l’on peut combiner avec une étape tharu. Côté pratique, prévoyez les fortes chaleurs avant la mousson, qui s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre, et des vêtements légers mais couvrants. Pour assembler ces étapes avec le reste du pays, partez de notre page pilier voyage au Népal.
Des peuples autochtones comme les Tharu, des communautés madhesi aux liens culturels étroits avec la plaine indienne, dont les Maïthili, des musulmans et des familles venues des collines. Selon Human Rights Watch, le Teraï abrite la moitié de la population du Népal.
Le recensement de 2021 en compte 1 807 124, soit 6,2 % de la population : c’est le quatrième groupe du pays. Les Rana Tharu y sont recensés comme groupe distinct depuis 2021.
Oui : c’est la langue maternelle de 3 222 389 personnes au recensement de 2021, soit 11,05 % de la population, la deuxième du pays après le népali. Il domine dans la province de Madhesh, autour de Janakpur.
Le mot désigne les habitants du Madhesh, la plaine, en particulier les communautés aux liens culturels et linguistiques étroits avec le nord de l’Inde. Leurs revendications sur la place de la plaine dans l’État ont marqué la vie politique, notamment en 2015.
Pour Chhath le 15 novembre 2026, Bibaha Panchami le 14 décembre 2026 à Janakpur, Maghi chez les Tharu le 15 janvier 2027 et le Holi du Teraï le 22 mars 2027.
Le Canada recommande une grande prudence dans tout le Népal et signale que des manifestations ont été particulièrement violentes dans le sud, près de la frontière indienne. Évitez les rassemblements : les étrangers n’ont pas le droit de participer aux manifestations.
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