Les peuples du Haut-Himalaya : Lhopa, Dolpo-pa et Manangi, pour une visite respectueuse

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Dans les hautes vallées du nord du Népal, proches du Tibet, vivent des peuples de langue et de culture tibétaines : les Lhopa (ou Loba) du Haut-Mustang, les Dolpo-pa du Dolpo, les Manangi du Manang, et d’autres comme les Nubri.
  • Religion : bouddhisme tibétain et, au Dolpo, le bön, qui y prospère encore et dont les fidèles tournent autour des lieux saints dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
  • Permis au 14 octobre 2026 : Haut-Mustang 50 USD par jour ; Haut-Dolpo 500 USD pour 10 jours ; Nar et Phu, dans le Manang, 100 USD par semaine de septembre à novembre ; guide licencié et agence obligatoires.
  • À vivre : le Tiji, trois jours de fête devant le palais de Lo Manthang, en mai ou au début de juin selon le calendrier lunaire, et le Gyalpo Lhosar, jour férié national le 9 mars 2027.
  • Octobre 2026 : après les crues, la route Beni-Jomsom a rouvert le 9 octobre, une passerelle provisoire en bois relie Chame au haut Manang depuis le 13 octobre au soir (jeeps et motos seulement), et le sentier du Manaslu restait coupé le 14 octobre : faites vérifier l’accès avant de partir.

Les peuples du Haut-Himalaya vivent dans les vallées les plus hautes et les plus sèches du Népal, au pied ou au-delà de la grande chaîne, là où l’on parle des langues proches du tibétain et où l’on prie dans des monastères bouddhistes ou bön. Les rencontrer est l’un des grands bonheurs d’un trek dans le Mustang, le Dolpo ou le Manang, à condition de comprendre leurs règles et de respecter des communautés souvent fragiles. Voici qui sont les Lhopa, les Dolpo-pa et les Manangi, ce qui les distingue, comment se rendre chez eux et comment s’y comporter. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Qui sont les peuples du Haut-Himalaya ?

Ces peuples partagent une culture d’origine tibétaine, une économie longtemps fondée sur l’agriculture d’altitude, l’élevage et le commerce transhimalayen, et des villages aujourd’hui marqués par l’émigration et le tourisme. Chacun a pourtant son histoire. Le recensement de 2021 du Bureau national de la statistique a d’ailleurs ajouté à sa liste de nouveaux groupes, dont les Chumba/Nubri, des vallées de Tsum et de Nubri, et les Mugal/Mugum. Les Sherpas du Khumbu et les Thakali du Mustang, les plus connus, ont leurs propres pages : le peuple sherpa et le peuple thakali.

PeupleRégionRepèresPermis au 14 octobre 2026
Lhopa (Loba)Haut-Mustang, autour de Lo ManthangVariante du tibétain, ancien royaume de Lo50 USD par jour, plus le permis ACAP
Dolpo-paDolpo, district de DolpaBön et bouddhisme, caravanes de yaksHaut-Dolpo : 500 USD pour 10 jours ; Bas-Dolpo : 20 USD par semaine
Manangi (Nyishangba)Haut-ManangCommerçants au long cours depuis le XVIIIe sièclePermis ACAP ; Nar et Phu : 100 USD par semaine de septembre à novembre, 75 USD de décembre à août
Nubri et Chumba (Tsum)Vallées du Manaslu et de TsumGroupes distingués au recensement de 2021Manaslu : 100 USD par semaine de septembre à novembre ; Tsum : 40 USD par semaine aux mêmes mois

Les tarifs viennent du barème du Département de l’immigration ; s’y ajoutent des frais par jour supplémentaire au-delà de la première semaine ou des dix premiers jours. Dans toutes ces zones réglementées, le permis se demande par une agence enregistrée et la marche se fait avec un guide licencié ; depuis mars 2026, un trekkeur seul peut obtenir le permis. Notre page sur les permis spéciaux et zones réglementées détaille les règles.

Les Lhopa du Haut-Mustang

Les Lhopa, ou Loba, sont les habitants du Lo, l’ancien royaume du Haut-Mustang. Ils parlent une variante du tibétain et sont, par la culture et la langue, plus proches du Tibet que du reste du Népal, rapportait The Gulf Times à la mort de leur dernier roi. Jigme Dorje Palbar Bista avait pris le titre en 1964, à la mort de son père, et a régné plus d’un demi-siècle ; il a perdu son titre royal en 2008, lorsque le Népal a aboli la monarchie, et s’est éteint le 16 décembre 2016, à 86 ans. Dans le Nepali Times, l’anthropologue Sienna Craig racontait combien il restait, pour les Loba, une figure centrale, bien au-delà de ce titre officiel.

La même chercheuse décrivait une société d’agriculture irriguée, d’élevage et de commerce, ouverte au tourisme en 1992 seulement, et transformée depuis : deux villages ont dû être déplacés faute d’eau, à mesure que les glaciers reculaient, et la diaspora loba, dans les villes du Népal, de l’Inde et jusqu’à New York, rivalisait déjà en nombre, en 2016, avec la population restée au Lo. Lo Manthang, cité fortifiée perchée à environ 3 800 m selon l’UNESCO, est ceinte d’un rempart dont des habitants font le tour rituel, la kora, au petit matin, racontait la même chercheuse : si vous les imitez, marchez dans le sens des aiguilles d’une montre, comme les bouddhistes. Tout pour préparer la visite de la cité figure sur notre page sur Lo Manthang, et l’ensemble de la région sur celle du trek du Haut-Mustang.

Le grand moment de l’année est le Tiji, la fête la plus populaire de la communauté loba : pendant trois jours, à partir du douzième jour de la quinzaine sombre du mois de Jestha, on prie devant le palais de Lo Manthang, où l’on déploie un thangka de Padmasambhava haut de près de deux étages, rapportait myRepublica en 2023 ; cette année-là, les 35 hôtels de Lo Manthang affichaient complet. La date suit le calendrier lunaire et tombe en mai ou au début de juin. Pour 2027, nous n’avons trouvé aucune date officielle au 14 octobre 2026, et les agences annoncent des dates divergentes : réservez tôt et faites confirmer la date par votre agence.

Attention à l’accès en cet automne 2026 : les crues de fin septembre ont coupé la route Beni-Jomsom-Korala, et le 7 octobre, le Kathmandu Post indiquait que le Myagdi et le Mustang restaient isolés du réseau routier, le pont de Pokharebagar-Gharkhola ayant été emporté. La route a rouvert le 9 octobre au soir, mais Onlinekhabar la décrivait encore comme difficile le 14 octobre. Faites vérifier l’état des routes par votre agence et auprès de la police du district juste avant le départ.

Les Dolpo-pa, entre bön et caravanes de sel

Le Dolpo, dans le district de Dolpa, est l’un des lieux où le bön, une religion antérieure au bouddhisme, prospère encore. Selon un reportage du Nepali Times publié en 2019, les monastères bön de Thasung Tholing, un ensemble de neuf monastères privés et d’une gompa communautaire vieux d’environ cinq siècles, dominent le lac Phoksundo, à un quart d’heure de marche du village de Tso ; tuer des animaux pour leur viande y a été interdit, et, pour les fidèles du bön, le paysage et la faune sont sacrés. Le parc national de Shey Phoksundo a été créé en 1984.

Les Dolpo-pa ont longtemps vécu du commerce : deux fois par an, leurs caravanes de yaks échangeaient céréales et coton contre le sel gemme et les tapis du Tibet. Ce commerce s’est érodé avec les routes, l’émigration et le changement climatique, et le yarsa, le champignon-chenille, a pris le relais comme ressource précieuse et a amélioré le niveau de vie, même si la surcueillette menace les récoltes, rapportait le même journal. Ce monde des caravanes a inspiré le film « Himalaya, l’enfance d’un chef » (Caravan), réalisé par Éric Valli et sorti en 1999 : selon le Film Development Board du gouvernement népalais, c’est le seul film népalais nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, lors de la 72e cérémonie.

Pour le voyageur, le Dolpo se mérite : longs trajets, permis coûteux et camping au-delà du lac. Voyez nos pages sur le lac Phoksundo et le Bas-Dolpo et sur le trek du Haut-Dolpo.

Les Manangi, marchands des hautes vallées

Les habitants du haut Manang, les Manangi, que l’on appelle aussi Nyishangba, sont peut-être la plus intrépide de toutes les communautés marchandes népalaises, écrivait en 2021 l’essayiste Amish Raj Mulmi dans le Kathmandu Post. Un ordre royal leur aurait accordé des privilèges commerciaux dès 1784 ; en 1915, l’un d’eux vendait déjà herbes et musc jusqu’à Rawalpindi et Lahore, puis leurs réseaux ont gagné Calcutta, la Birmanie, la Thaïlande, Singapour et la Malaisie. Faute de papiers népalais, ils voyageaient avec des passeports indiens ; les premiers passeports népalais leur ont été délivrés en 1962, et leurs privilèges commerciaux ont été réduits à la fin des années 1970.

Le Manang se découvre aujourd’hui sur le circuit des Annapurnas, où le village de Manang sert d’étape d’acclimatation, et dans les vallées réglementées de Nar et de Phu. À Phu, environ 37 foyers cultivent sous tunnel le jimbu, une ciboulette de l’Himalaya, depuis un projet pilote lancé en 2022, pour compléter leurs revenus, raconte Mongabay en 2026 : un bon exemple d’économie locale à soutenir en achetant sur place. Voir notre page sur le trek de Nar Phu.

Côté accès, les crues des 25 et 26 septembre 2026 ont coupé la route du haut Manang : les débris charriés par la Marsyangdi ont submergé le pont qui relie Chame, le chef-lieu du district, au haut Manang. La route Besisahar-Chame a rouvert début octobre, et, selon le Kathmandu Post du 14 octobre 2026, une passerelle provisoire en bois d’environ 35 m, posée sur la structure métallique du pont, est ouverte depuis le soir du 13 octobre. Seuls les jeeps et les motos peuvent l’emprunter ; les poids lourds restent interdits, et le dispositif doit rester en place jusqu’à la fin de Dashain, le 25 octobre, avant une nouvelle tentative de dégager le lit de la rivière. Le journal note que les véhicules circulent de nouveau sur la route Chame-Manang-Khangsar. Ce passage reste provisoire : avant de partir, faites vérifier l’état de la route par votre agence et auprès de la police du district.

Nubri et Tsum : un accès perturbé en octobre 2026

Au nord du district de Gorkha, les vallées de Nubri et de Tsum, autour du Manaslu, abritent les communautés nubri et chumba, et ne s’ouvrent aux étrangers qu’avec des permis de zone réglementée. Le 11 octobre 2026, une crue soudaine de la Budhi Gandaki a emporté sentiers et ponts. Le 14 octobre, selon le Kathmandu Post, il ne restait plus de sentier entre Philim et Jagat, le pont de Sardibhir, principale sortie de la vallée de Tsum, avait été emporté, des touristes étrangers bloqués dans la vallée étaient évacués par hélicoptère, et une réouverture rapide des itinéraires semblait peu probable. Si ce trek figurait à votre programme, reportez-le ou faites confirmer par votre agence et par le projet de l’aire de conservation du Manaslu que le sentier est rouvert. Notre page sur le circuit du Manaslu suit la situation.

Visiter avec respect : les règles à connaître

  • Le sens de la marche : les bouddhistes tournent autour des stupas, des monastères et des montagnes sacrées dans le sens des aiguilles d’une montre ; les fidèles du bön font de même, mais dans le sens inverse, rappelle le Rubin Museum de New York. Au Dolpo, suivez l’exemple des habitants.
  • Dans les monastères : déchaussez-vous, demandez avant de photographier, ne touchez ni les statues ni les objets rituels, et laissez une offrande si vous le souhaitez.
  • Les chortens et les murs de prières ne sont pas des bancs : ne grimpez pas dessus pour une photo.
  • Ne rapportez ni yarsagumba ni produits d’animaux sauvages : leur exportation est interdite par un avis gouvernemental de 2019, rapporté par The Himalayan Times.
  • Économisez l’eau et le bois : dans le Haut-Mustang, le manque d’eau a contraint deux villages à se déplacer.
  • Consommez local : dormez dans les lodges et chez l’habitant, mangez les plats du village, achetez l’artisanat sur place.

Altitude, saisons et fêtes

Ces peuples vivent haut : Lo Manthang est à environ 3 800 m selon l’UNESCO, et le CDC rappelle que le mal aigu des montagnes menace dès que l’on dort à 2 450 m ou plus, et qu’au-delà de 3 000 m, il vaut mieux ne pas monter son lieu de nuit de plus de 500 m par jour. Les montées en jeep vers le Mustang ou le Manang rendent cette règle facile à oublier : prévoyez des nuits intermédiaires, lisez notre page sur l’acclimatation en altitude et consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ.

Le Mustang et le Dolpo sont à l’abri de la mousson, qui s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre, mais leurs routes d’accès la subissent. Côté fêtes, outre le Tiji, le Gyalpo Lhosar, Nouvel An tibétain, est jour férié national le 9 mars 2027, selon la liste officielle des jours fériés de l’année 2083.

Ce que cela change pour votre voyage

Rencontrer les peuples du Haut-Himalaya demande du temps et un budget : permis payés à la semaine ou au jour, guide, agence, jours de marge pour les vols et les routes. En échange, vous découvrez des cultures que l’on ne voit nulle part ailleurs au Népal. Choisissez une agence qui travaille avec des guides et des lodges locaux, prévoyez au moins deux nuits dans chaque grand village et suivez l’actualité des routes jusqu’au dernier moment. Pour situer ces régions dans un itinéraire plus large, consultez notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Qui sont les Lhopa du Mustang ?

Les Lhopa, ou Loba, sont les habitants du Lo, l’ancien royaume du Haut-Mustang. Ils parlent une variante du tibétain ; leur dernier roi, Jigme Dorje Palbar Bista, a perdu son titre en 2008 et s’est éteint en décembre 2016.

Qu’est-ce que le bön ?

Une religion antérieure au bouddhisme, qui a survécu dans les confins tibétains comme le Dolpo. Ses fidèles tournent autour des lieux saints dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, à l’inverse des bouddhistes.

Combien coûtent les permis pour le Mustang et le Dolpo ?

Au 14 octobre 2026, le Haut-Mustang coûte 50 USD par jour, le Haut-Dolpo 500 USD pour les 10 premiers jours puis 50 USD par jour, et le Bas-Dolpo 20 USD par semaine, selon le Département de l’immigration. Guide licencié et agence sont obligatoires.

Qui sont les Manangi ?

Les habitants du haut Manang, aussi appelés Nyishangba, une communauté marchande qui aurait reçu des privilèges commerciaux dès 1784 et dont les réseaux ont atteint l’Inde, la Birmanie, la Thaïlande et Singapour.

Quand a lieu le festival de Tiji ?

Pendant trois jours devant le palais de Lo Manthang, à une date du calendrier lunaire qui tombe en mai ou au début de juin. Pour 2027, aucune date officielle n’était publiée au 14 octobre 2026, et les agences annoncent des dates divergentes.

Peut-on aller dans le Manang et le Mustang en octobre 2026 ?

Oui, avec prudence : la route Beni-Jomsom a rouvert le 9 octobre mais restait difficile le 14, et une passerelle provisoire en bois relie Chame au haut Manang depuis le soir du 13 octobre, pour les jeeps et les motos seulement. Faites vérifier l’accès par votre agence et la police du district avant de partir.

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Sources consultées